Le guetteur mélancolique

25 avril 2017

LA FORÊT DE MOULIÈRE (La rivière aux oies)

LA FORÊT DE MOULIÈRE

A mon père qui a passé sa vie à la parcourir. « O forêt» mortes délirantes »... IL y a cinquante ans les loups tournaient autour des villages de bordure : Logerie, la Biolère, les Jolis. Ils emportaient des moutons. Il y avait même un lieutenant louvetier à la Roche de Bran. L’étang immense, au-dessus de Logerie s’appelle Jappe-Loupe ou « Jappe Loup ». Le père Formeret a été suivi, un soir quand il avait dix-huit ans.

Ils allaient couper de la litière en forêt, son patron et lui. Le patron se rendait panser les bêtes. « Tu ne t’attarderas pas, drôle, à cause des mauvais compagnons. Mais je n’ai pas fait attention que la nuit tombait vite. Le temps était bas. Il avait mouillé dans la journée. Me voilà sur la route. Petit, peta, peti, peta. » Mes sabots faisaient une musique dans la forêt que je n’en étais pas tranquille. J’entends des pattes derrière moi, comme des moutons ou comme quand il mouille. Voilà mes cheveux raides comme des baguettes de tambour. J’avais encore un bon kilomètre à faire. Je m’arrête. La sueur me coulait dans le dos. Je quitte mes sabots. Je les garde dans ma main. Je passe sur l’accotement et je me mets à courir tant que je peux, en veux-tu en voilà. Je les entendais sur mes talons. Je croyais qu’il en sortait de partout, j’en voyais partout, la tête m’en pétait. Ils m’ont suivi jusqu’à la sortie de la forêt, après, plus loin, je me suis retourné. Ils étaient une dizaine là, en bordure. Les yeux brillaient comme des chats. En arrivant je ne pouvais pas parler. J’ai tombé dans la cour.

Au souper le patron riait de moi. « Eh bien tu as eu peur petit gars ! » Je lui aurais jeté mon assiette par la figure. Je vous jure que je n’y remettrai plus les pieds dans votre forêt. »

Mon grand-père Puisais avait fait le guet au bord d’une mare, caché dans une berge de fagots. « Guette à toi Puisais ! » Je les vois passer. Je lâche mes chevrotines. Je n’en ai jamais revu la trace. Au loin on faisait bénir les balles. « Ça y fait rien » disait mon grand-père. S’ils avaient seulement passé dix mètres plus près, quand même que mes balles étaient pas bénites, tu aurais vu. »

Les bergères se rendaient du champ avant la nuit. Tout le monde avait peur de la forêt quand elle rentrait dans l’ombre. Il est vrai qu’il y en a six kilomètres de traversée.

Aujourd’hui il n’y a plus de loups. Quelques sangliers encore, mais on fait des battues. On voit tout de même des « bauges », des « gassouillets » où ils se sont vautrés, aux Ecuries du Roi, dans le fonds de Saint-Rome. La terre est arrachée, piétinée. L’eau y reste l’hiver. On chassait le cerf. Il y avait un rendez-vous de chasse au « Grand Saint-Hubert ». Etant tout enfant j’allais dans la forêt avec les charrettes. Je me promenais pendant qu’ils chargeaient. Une fois deux biches ont passé à dix mètres de moi conduites par un grand cerf. On voyait leurs têtes hautes au-dessus des fougères.

Un soir mon père descendait dans les fonds de SaintRome, à bicyclette. Sa machine était à roue libre, sans frein : « J’allais comme le vent. A cent mètres devant moi voilà des biches qui sautent et qui se mettent à traverser la route. Je me dis tu es foutu. Il y en avait toujours et elles n’allaient pas trop vite. J’ai frôlé la dernière. J’avais les jambes coupées ! »

Il y a des mares comme La Fosse aux Canes et des étangs : Le Gâchet de Villiers, Jappe-Loupe. La Fosse aux Canes est ovale et étroite comme un œil d’eau avec des cils de roseaux. L’été elle est à sec et la vase se fendille partout. Au Gâchet de Villiers et à Jappe-Loupe on va pêcher les grenouilles. Je n’en ai jamais tant vu. Vertes et blanches comme les piqueurs et sonnant du cor, comme eux. Elles plongent par centaines quand elles vous entendent ; puis elles remontent sur les îles de terreau, sous les feuilles de nénuphars. 2 Au printemps les étangs fleurissent blanc et jaune, on dirait des corbeilles. A l’abri on écoute la forêt s’égoutter sous la pluie, arbre par arbre, feuille à feuille. Les oiseaux mouillés se plaignent doucement. L’odeur forte du terreau monte. On entend marcher sur les feuilles, tout le ciel est rayé et les étangs fleurissent des bulles sans fin. Il fait bon y pêcher en avril et mai, au moment du frai, à la main. Le compagnon porte une lanterne. Mais c’est interdit. L’eau sombre s’éclaire par placés et les grenouilles ouvrent tout grands leurs yeux cerclés d’or. Il n’y a plus qu’à leur passer la main sous le ventre. On en tire de vrais chapelets endormis.

Mais il y a mieux. Les francs du collier vont à l’affût aux cerfs et aux chevreuils. On reste des heures immobiles à la lisière où ils sortent pour brouter. La lune se cache et ça vaut mieux. Les yeux se ferment ; le canon vous gèle dans les doigts. Tous les bruits de la nuit vous passent par les oreilles ; la forêt qui rêve et qui soupire. J’en ai vu rentrer avant le petit jour, des braconniers, mouillés de rosée ou statues de terre glaise.

Si vous êtes pris, confiscation de l’arme et amendes impossibles. Mais c’est rare. Souvent les gendarmes ou le garde frappent à la porte, dans les petits villages de bordure. Mais le gars est là. Il vient de se fourrer dans le lit avec ses souliers et sa culotte, haletant, pouvant à peine tenir sa respiration. Il est là, il n’y a rien à dire.

Quand on tue une biche au petit matin il ne faut pas songer à la rapporter. On la cache sous les feuilles et on vient la chercher la nuit suivante avec un char-à-bancs aux roues étouffées dans des sacs enroulés. On la dépèce dans une grange à la lueur d’un falot. On en donne un quartier aux voisins. La peau sera tannée à la chaux vive. Pendant la curée silencieuse et angoissée les chiens sentent le gibier. Ils grattent, ils jappent dans l’écurie, Il faut aller les rosser toutes les cinq minutes ou rester auprès d’eux.

J’ai vu des familles pauvres ruinées par un procès de chasse. Mais que voulez-vous, on a ça dans le sang !

Un petit vacher garde les vaches du brigadier le long de la route. Seuls les gardes ont le droit de pâture dans la forêt. Les vaches portent des sonnettes et quand elles s’écartent dans les bois, le vacher se guide au son. A la saison du muguet elles avalent les clochettes blanches. C’est ce qui les rend fantaisistes les vaches du brigadier forestier. L’hiver le vacher fait du feu dans les combes ; la fumée monte dans le sous-bois vide. Il se chauffe et il y fait claquer ses sabots. A tant vivre dans les bois on devient sauvage ; quand il entend du monde il se cache et on est ébahi de voir ces vaches toutes seules, blanches et rouges, blanches et noires entre les arbres. Le chien a des cheveux frisés et des yeux tout petits comme des boutons de bottines. De temps en temps il lève un lièvre ou un chevreuil et il le pousse à grands coups de gueule. Ainsi faisait mon vieux Tapageur, un basset aux pattes torses, au crâne pointu, avec de longues oreilles qui traînaient jusqu’à terre. Il avait du nez. Mais il s’était gâté à suivre les charretiers dans les bois. Il n’aimait plus que les routes et les chemins, à la fin de sa vie. Il est mort loin de moi, à la Rue. Nous avions été élevés ensemble et quand je n’étais guère plus haut que lui il mordait à l’autre bout de ma tartine : « Veux-tu te sauver ! » criait ma grand’mère indignée.

L’été les charretiers le faisaient boire au baril. Mais il goûtait peu ce genre de plaisanterie. Il préférait l’eau sale des gassouilles. Au retour, ils le hissaient sur les charrettes et il revenait au bourg triomphant, la tête haute. Pourtant, il redescendait avec plaisir. La nuit les charretiers rentraient avec les chevaux las qui traînaient des bruits de charrettes. De loin on ne voyait que les lanternes, attachées aux ranches et qui avaient l’air de flotter dans la nuit.

Si vous allez en forêt, prenez garde aux nids de guêpes et de frelons. Souvent ils sont au pied des arbres, au ras de la terre ou bien à hauteur d’homme, dans un nœud creusé des arbres gélifs. Il faut les enfumer lentement pour pouvoir abattre les arbres. Et puis les chevaux sont fous quand ils passent auprès.

Il y a des noms étranges dans cette forêt. Nul ne sait d’où ils viennent. Parlez-en à mon père et vous verrez naître un sourire heureux dans sa barbe. C’est qu’il aime cette forêt. Il y passe sa vie guêtre, un décamètre à la main ou la petite hachette pour marquer les arbres à son chiffre.

Il y avait le chêne au Cocu, un arbre gigantesque que quatre hommes pouvaient à peine entourer de leurs bras. On l’avait cerclé de fer mais un jour, il s’est écroulé comme une colonne de poussière. La foudre tombait toujours dessus. Il avait des cicatrices partout comme les soldats légendaires de nos vieilles histoires de France.

La Croix-Généraux c’est un carroi de chemins verts « Chemin d’exploitation n°...» ou « Route Forestière du chêne Labbé... » «Les Ecuries du Roi » — est-ce que le Roi y 3 mettait ses chevaux quand il venait, à la chasse ? C’est un des plus beaux recoins de la forêt, une combe verte aux versants très doux.

A « La Tombe à l’Enfant » il y a de grandes pierres plates à demi-ensevelies sous l’herbe. « La Fontaine Douce », « Le Bois de la Fontaine », « Les Quatre Chemins », « Le Grand Soubis », « Les Deux Bornes », « Les Jolis », autant de noms qui lui sont bien familiers. « Le Plan des Esses », aussi et « Les Closures » et « Le Marchais Plat ». Un peu partout il y a des cabanes de bûcherons avec des cendres refroidies de l’autre année et des tas de copeaux sautés à la cognée. Les ouvriers écrivent au crayon sur les planches, pour les copains qui passeront là. Ou bien ils laissent leur souvenir :

« Léon Royer — Décembre 1912, mars 1913 ». Au-dessous, des confrères bûcherons ou scieurs de long ont apprécié le sieur Léon Royer, dans leur langue énergique et brève. Ou bien ils ont dessiné avec leurs gros crayons bleus.

La forêt est entourée de petits villages tranquilles, tapis au bord de ses branches. Les habitants sont à demi-ruraux, à demi-forestiers et aux trois quarts braconniers. Ils vivent là d’une vie calme et mystérieuse. Le soir, ils écoutent tous les murmures du vent et des feuilles. Ils parlent peu. Ils sont rudes et hospitaliers et ils craignent les gendarmes.

Il y a du sang dans la forêt et tant et tant de souvenirs. Le roi. La Révolution. Tout est caché là, tout est secret. Rien que des chênes et des sapins gémissants, des ronces aux mûres aigres et des fougères de rosée. Des étangs noirs comme des miroirs sans lumière avec trop de feuilles qui pourrissent au fond.

Personne ne sait plus la grande légende de la forêt. Ceux qui la savaient sont morts et les vieux ne disent plus rien. Ils ont peur des jeunes et de leur ironie. Les gens d’aujourd’hui ne croient plus à rien voyez-vous. Tant mieux pour eux, bonnes gens. Mais nous autres on ne vivait pas plus mal et on était encore plus courageux quand la chasse d’Abran nous passait par-dessus la tête ou quand on se trouvait nez à nez avec le diable en train de faire danser des loups rouges autour de la tombe à l’Enfant.

Maurice Fombeure, 1932

 

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16 avril 2017

BRUITS DE MA TERRE (La rivière aux oies)

rivière aux oies

BRUITS DE MA TERRE 

JE suis chez moi, oui je suis chez moi. D’ailleurs je ne suis chez moi qu’ici. Pas de toit. Pas de murs. Je m’adosse à la forêt. Devant moi la Vienne coule et file plus loin que mes regards. A mi-pente on a creusé le village. Vu d’ici, entre mes pieds il est rouge et bleu, rouge de tuile et bleu d’ardoise. Une fumée mince oscille comme un peu plier. C’est chez le père Foussart.

Tout autour, l’air vibre de grillons et de mouches. Elles remontent de la rivière avec la brise. Elles nagent en plein courant comme les araignées sur l’eau. — Pourquoi me prenez-vous la main ? Je ne suis pas triste. Je suis ému. — Ah non ce n’est par la même chose. Il me semble que j’ai toujours été assis là à écouter passer le temps. Jusqu’à présent j’étais comme les écureuils qui roulent de feuille en branche. Aujourd’hui je me sens amarré pour l’éternité. Et puis, par la pensée, par les souvenirs, par les regrets je touche aux quatre points cardinaux. Je sais que mon grand-père arrache des pommes de terre au lieu dit « Le Poirier de Ribes » — donc à ma gauche. Ma grand’mère garde sa chèvre sur « La Chaume » — à ma droite. En bas, devant moi, dans le bourg, mon père veille sur la scierie, son décamètre à la main. Ils sont tous là vous dis-je. Ils me tiennent et je les tiens comme une boucle.

J’ai longtemps erré. Je me sentais diminué, incomplet. Je portais mon village en moi comme une maladie dont on sait qu’on va mourir. Je pensais que je ne pourrais jamais l’étreindre à nouveau, le reconnaître du regard, du pied, de la main.

Dès que je suis entré les chiens se sont mis à aboyer. Puis ils m’ont entouré et léché les mains. Les chats s’étiraient furieux sèment sur les murs. Ils ont regardé du coin de la paupière puis ont refait leur boule. Les poules et le coq qui piochaient le fossé se sont enfuis à toutes jambes et se sont engouffrés sous le portail en battant des ailes. J’ai retrouvé l’odeur de l’herbe, du bois vert, de la paille et de la bouse séchée. Odeur acre, intime et pénétrante. Odeur que je n’ai reconnue nulle part ailleurs car chaque village à son odeur — l’Auvergne, la Bretagne — et la mienne n’est pas la vôtre, allez, je la connais bien.

Que je l’aime ce village, à midi d’été quand il est chauffé comme un four à pain. Les coqs chantent le beau temps. Les poules sont enfouies jusqu’au jabot dans un trou de poussière et de fraîcheur qu’elles viennent de creuser. Toutes les heures elles en changent. Le chien grogne et chasse des mouches imaginaires. Le chat dort sur une vieille bascule, la queue pendante. En face, dans le taillis c’est un tapage assourdissant d’oiseaux et d’insectes. Il y a de tout : le moineau, le pinson, le geai porte-cloche, la pibole. On dirait qu’ils jouent au bilboquet avec leurs voix à se rattraper.

Cette nuit les crapauds chanteront entre les troncs comme dans une cathédrale. Les rainettes déferlent jusqu’au bord des fossés et au grand souffle apaisant venu de l’ouest passe sur la forêt, jusqu’à mes lèvres, jusqu’à mes dents, jusqu’à mon cœur.

J’aime même ce que vous appelez le silence. Il ne me pèse pas. Il tapisse en moi tous ces vides inconnus, tous ces vides oubliés comme des orties au coin d’un mur. Il comble tout ce qui, ailleurs, serait un manque, un signe de ma faiblesse. Ici je ne ressens plus aucun malaise. J’écoute ce clocher venu du bas qui semble sonner au fond de l’eau.

« Et ma peine s’envole, s’envole

Et ma peine s’envole au vent...

Maurice Fombeure (1932)

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21 février 2017

Conférence Noam Chomsky à Paris 2016

 

L'espèce humaine est sur Terre depuis environ 200 000 ans. C'est un séjour très bref à l'échelle de l'évolution. Durant cette période, les humains ont fait face à de nombreuses crises. Pour s'en tenir à l'Europe et à l'époque moderne, la guerre de Trente Ans au XVIIe siècle fut dévastatrice, exterminant peut-être un tiers de la population de l'Allemagne. Il est inutile de passer en revue les détails de la guerre de Trente Ans du XXesiècle, de 1914 à 1945. Cette guerre abominable prit fin en août 1945; le 6 août, nous apprenions que l'intelligence humaine avait découvert les moyens de mettre un terme à 200 000 ans d'expérience humaine.

Il n'y avait aucun doute au fait que la capacité de destruction augmenterait, se diffuserait dans de nombreuses mains, augmenterait le risque d'autodestruction de l'humanité. Il y eut de nombreuses opportunités pour réduire significativement ou même éliminer la menace. La plupart ont été ignorées, parfois de façon vraiment surprenante: je n'ai pas le temps d'entrer dans les détails, mais c'est une histoire stupéfiante. Des opportunités existent encore et éliminer ce fléau n'est pas un rêve utopique, bien que les obstacles soient importants. Il y a beaucoup à dire sur cette histoire révélatrice et les options actuelles, mais mettons cela de côté pour l'instant.

Revenons au 6 août 1945. En ce jour sinistre, l'humanité entra dans une nouvelle ère, celle de l'âge nucléaire. Une ère qui a peu de chances de perdurer. La liste des cas où on l'a échappé belle est absolument effarante; nous sommes parfois passés à quelques minutes du désastre final. Ce fut souvent à cause d'accidents ou d'erreurs, dans quelques cas marquants à cause de l'inconscience de nos dirigeants.

De plus, juste en ce moment, la menace s'amplifie à la frontière russe, entraînant l'inquiétude des autorités, à juste titre, que la menace d'une guerre nucléaire n'approche le niveau des phases les plus critiques de l'ère atomique. Et l'histoire est sans équivoque: soit nous mettons fin à l'ère atomique, soit l'ère atomique sera notre fin.

Certes, nous n'en avions pas conscience en 1945, mais nous savons aujourd'hui qu'une ère nouvelle et néanmoins tout aussi dangereuse a débuté à ce moment-là : une nouvelle époque géologique baptisée l'Anthropocène, une époque définie par l'impact extrême de l'humanité sur l'environnement.

Nous savons aujourd'hui que nous sommes bel et bien entrés dans cette nouvelle époque ainsi que dans une période de destruction des espèces, que l'on nomme la 6e extinction, comparable à la 5e extinction qui s'est produite il y a 66 millions d'années lorsqu'un astéroïde a percuté la Terre, détruisant 75% des espèces, mettant fin à l'âge des dinosaures et ouvrant la voie aux petits mammifères, et finalement à l'espèce humaine très récemment.

Il ne nous a pas fallu longtemps pour reproduire les mêmes effets que l'astéroïde, à quelques différences près. Lors de la 6e extinction, celle qui est en cours, les grands animaux sont décimés à une vitesse démesurée, une particularité caractéristique de l'histoire humaine qui a moins de 200 000 ans, a contrario des précédentes extinctions.

Il y a aujourd'hui un large consensus sur le fait que nous sommes pleinement dans l'Anthropocène, néanmoins il existe certains désaccords sur le moment exact où les changements devinrent suffisamment extrêmes pour marquer le début de cette nouvelle époque géologique. Il y a quelques mois, le groupe de travail officiel sur l'Anthropocène est parvenu à une conclusion sur ce sujet. Et a recommandé au Congrès Géologique International que l'on date le commencement de l'Anthropocène à la naissance de l'âge atomique, à la fin de la Seconde Guerre mondiale en août 1945, c'est-à-dire lorsque les bouleversements radicaux de l'environnement liés à l'impact humain sont devenus véritablement dramatiques. Ainsi, selon leur analyse, l'Anthropocène et l'âge atomique coïncident pour constituer une double menace pour la perpétuation de la vie humaine organisée.

On peut, sans exagérer, comparer la fin de la Seconde Guerre mondiale au moment critique où les lemmings, sous forme humaine, se mettent en route et se jettent avec une détermination méthodique dans le précipice, vers leur désastre final. Nous en avons appris beaucoup plus sur cette marche déterminée et méthodique vers le désastre le 8 novembre dernier, une date qui sera peut-être historique à en juger par la gigantesque couverture médiatique et l'examen minutieux que les événements de ce jour ont reçu...

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22 décembre 2016

Fillon a déjà supprimé la Sécu

Attention, document col­lector ! Une fois n’est pas coutume, « Le Canard » a décidé de mettre en ligne sur son site Internet une œuvre majeure, un document pour l’Histoire : le programme santé de François Fillon ! Car cette perle est devenue introuvable sur le site du candidat, qui ne contient plus qu’un inoffensif résumé. Au soir du 13 décembre, après le grand rétropédalage de Fillon sur la Sécu, son équipe a supprimé du site de campagne ses 16 pages de « propositions détaillées » sur la santé. La fleur au fusil, Fifi y promettait rien de moins que la mort de la Sécu, laquelle serait « foca­lis[ée] » sur les « affections graves ou de longue durée ». Tout « le reste » passerait entre les mains des mutuelles et des assurances privées, annonçait le programme détaillé, aujourd’hui balancé aux oubliettes.
O sort cruel ! Pour éviter les trous de mémoire, le Volatile a décidé d’offrir un jardin du souvenir à ce morceau d’anthologie. Un grand cru, ça se conserve !
François Fillon : vers un système de santé fondé sur la liberté et la responsabilité

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