L'enthousiasme est une vitamine

Rencontre avec les indignés - Eduardo Galeano - Là-bas si j'y suis -
(dessin Emily Nudd Mitchell : Rue de la verdure)
L'arbre et le firmament
Un arbre marche sous la pluie,
passe à côté de nous dans la grisaille ruisselante.
Il a une mission. Il soutire la vie à la pluie
comme un merle à un verger.
Quand la pluie cesse, l'arbre s'arrête.
Il brille, paisible et droit dans la nuit scintillante
dans l'attente comme nous de l'instant
où les flocons de neige viendront éclore dans l'univers.
Tomas Tranströmer, Baltiques, Traduit du suédois par Jacques Outin, Poésie / Gallimard
(Merci à Natha pour le tableau, voir ici : Miroir pour l'arbre)
La dette, c'est chouette !
La dette, c'est chouette ! par doncvoila
Un petit film rigolo (Front de gauche) pour dénoncer la machine à chantage sur la dette :"avalez notre potion libérale ou c'est la fin du monde !"
Les Français ne comprennent rien à l'économie...
Les journalistes nous bassinent avec ce refrain depuis plusieurs jours. Les Français sont nuls en économie. Ils ne savent pas calculer le rapport d'un placement à 2%, ne connaissent pas le fonctionnement des actions ou des obligations et laissent leur banquier placer leur épargne... Les cons ! D'autre part ils découvrent effarés la dette abyssale de la France mais, ironie du sort, font confiance à Sarko pour les sortir de là... Ils ont tort !
Plusieurs études officielles établissent que les finances publiques françaises seraient presque florissantes, malgré la crise, si les impôts n'avaient pas été abaissés à ce point depuis dix ans. Par le plan d'austérité, le gouvernement va donc faire payer aux plus modestes les cadeaux fiscaux dont ont été gratifiés les plus fortunés au cours de la décennie.
Un tour de bonneteau. Sinon une arnaque !... Les termes peuvent sembler outranciers sinon populistes. Et pourtant, ils viennent immanquablement à l'esprit. Car depuis de longs mois, Nicolas Sarkozy et, derrière lui, tout le gouvernement s'appliquent à convaincre l'opinion que les mesures d'économies drastiques qui se profilent dans le cadre du projet de loi de finances pour 2011 sont l'inévitable contrepartie de la crise économique. Mais en réalité, si les finances publiques françaises sont en si piteux état, c'est d'abord parce qu'elles ont été ruinées par la politique de baisse des impôts conduite depuis dix ans. C'est ce qu'établissent très clairement trois rapports publics publiés ces derniers mois : sans cette avalanche de cadeaux fiscaux au profit des plus riches, les moins favorisés ne seraient pas aujourd'hui menacés par ce plan d'austérité.
En bref, la crise a bon dos. Car si la France n'avait pas participé à cette course effrénée au moins-disant fiscal, elle aurait certes été prise dans les turbulences de cette crise sans précédent, mais ses finances publiques auraient été largement assez prospères pour traverser cette tempête.
Ce constat iconoclaste est passé pour l'heure presque inaperçu parce qu'il ne figure pas en introduction ni en conclusion de l'un ou l'autre de ces trois rapports publics. Il transparaît juste au détour de certaines pages. Mais les indications données et les chiffres cités sont si éloquents qu'ils retiennent l'attention : sans cette course folle aux baisses d'impôts, qui s'est accélérée au cours de ces dix dernières années, la France serait dans une situation financière tout à fait confortable, même à la sortie de cette crise économique historique.
Compte tenu de ses auteurs, qui sont Jean-Philippe Cotis, l'actuel directeur général de l'Insee, et son prédécesseur, Paul Champsaur, le premier de ces documents est au-dessus de tout soupçon. Il s'agit du «Rapport sur la situation des finances publiques» qui a été rendu public le 20 mai, en ouverture de la Conférence sur les déficits qui s'est tenue à l'Élysée et que l'on peut consulter ci-dessous. A l'époque, déjà, le chef de l'État et le premier ministre tendaient à accréditer l'idée auprès de l'opinion que la France vivait au-dessus de ses moyens et que des coupes claires dans les dépenses de l'État étaient une priorité absolue de la politique économique. Dans le même mouvement, le chef de l'État a mille fois répété qu'il ne fallait pas compter sur lui pour relever les impôts.
En clair, voici l'alpha et l'oméga de la politique économique sarkozyste : taillons dans les dépenses de l'État, et même à la hache s'il le faut, mais ne remettons pas en cause les baisses d'impôts !
LAURENT MAUDUIT
Pour mieux comprendre de quoi il retourne vraiment, il faut lire l'article très documenté de Mauduit paru l'an dernier sur Mediapart : Ces dix années de cadeaux fiscaux qui ont ruiné la France
Voir aussi Les Economistes Atterrés sur leur site :
Avis de sécession sociale
Historien, économiste, professeur à l'école d'économie de Paris, Thomas Piketty travaille sur les questions de répartition de revenus, des inégalités et de la fiscalité. Il est l'auteur des « Hauts revenus en France au XXe siècle » et coauteur de « Pour une révolution fiscale ».
« J'essaie de comprendre ce qui a vraiment changé dans la structure des classes sociales – et ce n'est pas un gros mot, « classes sociales » – depuis le XIXesiècle, qui est un peu le point de départ du capitalisme industriel et des grands traumatismes en matière d'inégalités.
On a aujourd'hui une structure de classes qui est tout de même un peu plus méritocratique, plus fondée sur la liberté individuelle et la justice que sur la filiation. Mais, par rapport à l'immense espoir méritocratique sur lequel sont fondées nos sociétés démocratiques, les transformations ont été plus limitées qu'on ne l'imagine souvent.
Et surtout, on assiste aujourd'hui à une vraie régression. Les privilèges de naissance et le patrimoine viennent concurrencer le capital humain, le mérite. C'est un type d'inégalité violent, que l'on croyait avoir dépassé. Je pense possible un retour des structures de classes plus proches du XIXe siècle que de celles des Trente Glorieuses.
Pour les générations nées à partir de 1960-1970, le monde est très différent. S'il n'y a pas d'héritage familial, si vous avez uniquement les revenus de votre travail, il y a de fortes chances que vous restiez locataire toute votre vie et que vous vous retrouviez à payer des loyers à des enfants de propriétaires.
Grosso modo, la moitié de la population hérite de rien ou presque rien, les 10% du dessus vont hériter de 500 000 euros et plus. Et les 40% du milieu héritent de 100 000 euros en moyenne.
Si vous n'avez pas un gros grain de sable qui s'appelle la fiscalité, on revient inévitablement à une société de rentiers. Au niveau mondial, la fortune des millionnaires augmente de 6 à 7% par an. Si vous prolongez ça et que vous avez une croissance économique de 1%, vous allez dans un mur.
Et la question aujourd'hui est : qu'est-ce qu'on a comme raison pour être optimiste, si on n'a pas des institutions démocratiques assez fortes, notamment via l'impôt, pour reprendre le contrôle de ce capitalisme patrimonial complètement fou. Si on n'agit pas, alors oui, le risque d'avoir des évolutions complètement divergentes entre groupes sociaux est très fort.
Il y a un très fort sentiment d'injustice sur la répartition des richesses, et en même temps une difficulté à passer à des solutions politiques de lutte… Il y a aussi une très forte résignation face à la mondialisation.
Le niveau de souveraineté démocratique n'a pas évolué, mais la réalité des échanges économiques et humains s'est mondialisée, et cette contradiction crée le sentiment d'impuissance face au politique.
L'impôt progressif est l'enfant des guerres, du chaos, de la violence, des conflits, pas de débats démocratiques rationnels. On avait le suffrage universel bien avant 1914 et on n'arrivait pas à créer l'impôt sur le revenu. Il a été voté le 15 juillet 1914, pas pour financer des progrès sociaux, mais parce qu'on avait besoin de recettes fiscales pour faire la guerre. Mais je reste optimiste et rêve toujours d'un dépassement rationnel et pacifique du capitalisme.
Je vois un très sérieux risque de sécession, non plus économique mais mentale et culturelle, d'une certaine élite.
J'étais très étonné au moment de la loi Tepa, en 2007, lors des débats de la reforme de l'impôt sur les successions. Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie, expliquait que cela permettrait à une famille de transmettre un million d'euros sans être taxée. Elle ne se rendait pas compte qu'elle était en train de parler d'un tout petit groupe d'individus, sans doute très nombreux parmi ses amis, mais ultra-minoritaires en France.
C'est très nouveau qu'en France on soit dans cette rupture avec le réel dans le discours public et politique. Là aussi, il y a risque de sécession. »
Thomas Piketty à lire ici "La lutte des classes n'est pas morte"













