Le guetteur mélancolique

23 avril 2016

Nuit debout : l’étape d’après

Posté par Le guetteur à 09:49 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

18 février 2016

Katia Lipovoï


L'arrestation de Katia Lipovoï à Poitiers, Le... par franceinter

---------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le bal des faux culs !

Sur le site de la ville, la réponse du maire et le mot du proc ! 

Monsieur le Procureur de la République de Poitiers a par ailleurs officiellement publié un communiqué pour relater les faits : 

« Le 15 février à 11h25, une femme porteuse de lunettes et vêtue d’un blouson attrape la partie supérieure de la barrière et se met à la bousculer d’avant en arrière avant de faire chuter la barrière au sol et de tomber elle-même au sol. Alors que les fonctionnaires de police la saisissent pour l’écarter, un commandant de police reçoit plusieurs coups de pied. Un deuxième fonctionnaire de police reçoit une gifle de la part de cette même personne, faits constitutifs de violences sur personnes dépositaire de l’autorité publique.

C’est dans ces conditions que l’intéressée, à l’issue de son audition, a fait l’objet d’une convocation devant le délégué du procureur, dans le cadre d’une mesure de composition pénale. »

Suite à ces faits, Alain Claeys, maire de Poitiers a reçu Madame Katia Lipovoï, la personne interpellée, lors d’un entretien de deux heuresmercredi 17 février en fin d’après-midi. Il a déclaré à cette occasion : « nul n’est au-dessus de la loi, ni les élus, ni les manifestants, ni les policiers. Il y a en France une justice à qui je fais entièrement confiance pour juger – et éventuellement condamner – les actions des uns et des autres. »

Ville de Poitiers

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Et la vidéo de l'arrestation de la dangereuse terroriste !


Arrestation Katia Lipovoï à Poitiers

Posté par Le guetteur à 18:50 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
26 décembre 2015

Le désert du docteur Gaspar

chronique montagne 2

Le désert engendre les dieux. « Jouez hautbois, résonnez musettes », c'est des sables de Palestine que nous viennent les chants des bergers ; c'est du ciel du désert qu'arrivent les anges en blanc qui sonnent dans des tromperies en or ; c'est sur les dunes de Jordanie ridées du vent, ourlées par lui, brodées comme un ouvrage de dames, que s'impriment les pas des rois mages et que s'élève une odeur d'encens. Terre aride. On a dit que le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face. Et le désert, c'est le soleil et la mort. Une autre dimension de la terre. Le pur espace des géomètres. Et c'est ce sol qui ne produit rien qui donne les dieux. L'esprit souffle sur lui. L'esprit désincarné.

C'est la plus grande chose de la terre. Car l'océan a des rides qui se remuent. L'océan, c'est encore le bruit et le mouvement. Le désert c'est la pierre et la mort, c'est la fixité et le silence. Où se trouve le mouvement se trouve encore le Temps. Où le mouvement n'est plus, le Temps s'abroge.
Le désert, c'est l'Éternité.

On n'habite pas assez le désert. L'homme a pris l'habitude de bâtir dans les villes et de manger l'escalope du veau qui nécessite d'abondants pâturages. C'est ce qui nous perd. Triste coutume. L'homme de la grande époque habitait au désert où il se nourrissait de sauterelles et de poussière fine. Son esprit survolait la chose. On a même vu Siméon le stylite habiter en haut d'une colonne où un corbeau lui portait un petit pain. Et encore. Une fois par semaine. Les bonnes années. Du petit pain fantaisie qui a le droit de ne pas faire le poids marqué. L'homme habitait au-dessus de lui-même; il vivait dans un ascenseur, à dix étages au-dessus du sien; un ascenseur qui ne descendait jamais. II laissait sa guenille à la porte. Après, il pressait sur le bouton.

Tel fut-il. Quels sommes-nous?

On ne devrait habiter qu'au bord des mers ou des grands fleuves, sur les montagnes ou au désert. En Auvergne, en Amazonie. On habite à Meudon, à Massy-Palaiseau. Je connais des gens qui habitent Versailles. Maisons- Alfort est plein d'hommes, faits comme nous, qui y naissent, qui y meurent, qui y prennent leurs repas, qui y vont dans des cinémas et s'y font enterrer dans des caveaux de famille. On me croira si l'on veut mais c'est la vérité. Qu'est-ce qu'ils y trouvent ? On se le demande ; pas eux, sans doute ; sans quoi ils n'y resteraient pas. Dès que l'homme réfléchit, il aspire à quitter ces bas-fonds humides. J'avais une parente à Clermont. Elle ne voulait pas y être enterrée. Elle voulait être enterrée à Orcines. Qui est bien plus haut. « Il y a plus de vue », expliquait-elle. C'est le bon sens même. Et d'ailleurs le cimetière d'Orcines est bien plus sec.

Le désert aussi. Je le connais bien. J'y ai habité. Dans le désert le plus sec du monde avec le désert de Gobi. On y transpire tout à son aise. On y devient noir dès qu'on a pelé du haut en bas. C'est très seyant. Les touristes vous prennent pour le président Lumumba, et se méfient pour leur porte-monnaie. Je vivais au coin du désert et d'une rue des plus fréquentées (c'était le terminus du tramway). Ma fenêtre donnait sur la rue, mon perron donnait sur le vide ; ma fenêtre sur la vie, mon perron sur la mort ; ma fenêtre sur le temps qui passe, mon perron sur l'éternité. A droite les gens montaient dans le tram, le marchand fabriquait des tarbouches sur de grandes formes de cuivre, le « repassor » crachait sur le pli du pantalon, le bourgeois en jaquette chassait des essaims de mouches avec une queue de cheval montée sur un bâton, le petit cireur faisait voler ses brosses comme une canne de tambour-major ; en face, on ne voyait rien jusqu'à Alexandrie, sinon des bateaux qui marchaient comme s'ils avaient eu de jambes. Car leur quille ne se voyait pas. On n'en apercevait que le haut. Et la voilure. Le bas trempait dans le Nil, et on ne voyait pas le Nil parce que la perspective ne le permettait pas. Le matin le soleil se levait d'un seul coup, on entendait claquer les fouets des nomades, hurler leurs chiens. Des ânes se roulaient sur le dos. Deux chèvres poursuivaient dans le vent des papiers gras qui s'envolaient comme des oiseaux. Un barbu de l'Histoire sainte passait contre le ciel, armé d'un gourdin haut comme lui. Un sergent de ville tuait les chats errants avec une carabine Flobert ; un nomade, les ayant attachés par la queue, les jetait à cheval sur un âne. Le désert était bordé de marbre ; on y préparait un trottoir.

J'en ai gardé la nostalgie. Et je viens d'en recevoir des images. Ce n'est pas tout à fait le mien, c'est celui de Jordanie. Celui de la Bible. Celui de Noël. Il est moins plat. L'âme est pourtant la même. Celle de l'homme ne respire que dans ces grands endroits. Ce ne sont que dunes travaillées par le vent, cônes de sable pareils à des villages de tentes, rochers noirs, gouffres de ténèbres, sol gaufré, limons desséchés, boues craquelées, incroyables géométries, trompe-l'œil et illusions d'optique. Murs noirs, travaux cyclopéens dont on ne sait plus s'ils viennent de l'homme ou de la nature. Surfaces dont on ne saurait apprendre si ce sont des plaines ou des murailles, si elles sont vues d'avion, du sol ; matières si monotones et si vertigineuses qu'on se demande si elles représentent un grain de sable grossi mille fois, ou un pays entier réduit aux proportions d'une simple page de livre, la carte d'un État photographié du ciel. Tout trompe et tout étonne. Tout déroute. Tout est démesure dans ces images qui rappellent souvent les Sols et Terrains de Dubuffet. A-t-on affaire à une coupe de terrain, à une plaine, à un mur ou à une motte de terre ? à un pays, à une maison, à un personnage, à une tente ?

Telles sont les distractions du vent.

J'espère que cet album paraîtra prochainement. De grands textes très courts ornent ces grandes images. Laconiques, mais qui vont au fond. Ils sont de Job, de Lawrence, ou de l'auteur lui-même, le docteur Gaspar, le médecin-chef de l'hôpital de Jérusalem. Ils font parler jusqu'à la pierre : il y a une âme du minéral, elle est dite là. C'est un vocabulaire du sable.

La raison d'être du sable est de créer la soif. « Ce qui embellit le désert, a dit le Petit Prince, c'est qu'il cache un puits quelque part. » Un puits, un secret, une eau, un dieu. Comme l'année nous cache la Noël. La Noël est une rose des sables. Le désert donne un goût à l'eau, un parfum à la fleur. C'est le jardin du soleil, qui déshabille toute chose. Il crée à proportion qu'il tue. Le vent de Dieu inscrit sur lui sa signature.

Et c'est ainsi qu'Allah est grand.

Alexandre Vilatte, 22 décembre 1964

Posté par Le guetteur à 17:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
12 décembre 2015

Même sous État d’urgence, nous lutterons pour la liberté !

Depuis Paris : même sous État d’urgence, nous lutterons pour la liberté

Compañeras y compañeros prisonnières et prisonniers.

Compañeras y compañeros de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, du Réseau contre la Répression, du Congrès National Indigène, des médias libres et de la Croix Noire Anarchiste.

Compañeras y compañeros qui luttez en bas à gauche :

desde_Paris_web-5d807

Sont parvenues jusqu’à notre collectif les invitations aux “journées mexicaines et internationales pour nos prisonniers et prisonnières politiques” qui se déroulent du 6 au 13 décembre 2015, ainsi que les invitations à la campagne “des voix pour la liberté” et à la retransmission radio collective “Nous les voulons libres”.

En tant que CSPCL, nous souhaitons saluer ces efforts, et saluer toutes et tous les prisonnier.e.s, et particulièrement les prisonniers solidarios de la voz del Amate, les prisonnier.e.s de Tlanixco, Cemei Verdia, Mumia Abu Jamal et Leonard Peltier, Alvaro Sebastian Ramirez, Miguel Angel Peralta et les prisonnier.e.s d’Eloxochitlan à Oaxaca, ainsi que leurs familles et leurs compagnon.ne.s, et toutes celles et ceux qui, depuis le bas, luttent contre la prison et l’enfermement.

À cette occasion, nous souhaitons également partager avec vous la gravité de la situation que nous vivons aujourd’hui en France, où les derniers attentats que nous avons subi ce dernier 13 novembre à Paris servent de prétexte à l’État pour renforcer à la fois sa politique de guerre au Moyen-Orient et pour réprimer de manière inédite les luttes sociales, et toute la population de manière générale en France.

Comme vous l’avez peut-être su, le gouvernement français, par soi-disant “mesure de protection” contre les attentats, a décidé au lendemain du 13 novembre de déclarer "l’État d’urgence” durant trois mois, et de procéder à divers changements constitutionnels qui donneront encore plus de pouvoir aux forces militaires et policières françaises. La conséquence immédiate de ces mesures a été la prohibition du droit à manifester dans les espaces publics, les contrôles aux frontières, la réalisation de milliers de perquisitions dans tout le pays, l’assignation à résidence de tous les individu.es declarés suspects par l’Etat, et la neutralisation des droits à la défense.

Comme cela était prévisible, cette répression a accentuée la stigmatisation contre la population immigrée des quartiers pauvres de France, suspectée d’être “responsable” de ces attentats, bien que nous sachions que le terrorisme islamiste est avant tout financé et couvert depuis des dizaines d’années par les monarchies et cartels pétroliers au pouvoir au Moyen-Orient, et que leurs représentants au Qatar, en Arabie Saoudite et en Turquie sont depuis toujours les invités d’honneur de toute la classe politique française.

Dans toute cette agitation, pas un mot sur les conditions sociales qui expliquent le pouvoir de recrutement de Daesh. Pas un mot sur les injustices quotidiennes qui ont fini par donner du sens au départ de milliers de jeunes partis rejoindre les rangs de l’État islamique : choisir une mort glorieuse plutôt qu’une vie misérable... À ce malaise, sévérité à outrance, repli identitaire, fichage et enfermement, renforcement de l’oppression, bombardements aveugles en Syrie, etc.. ont été les réponses prévisibles et dramatiques de l’État français à ces attentats, plongeant délibérement dans le jeu de Daesh.

Mais l’impasse collective poursuit son enracinement sous nos yeux, silencieusement, dans l’isolement, le chômage, la stigmatisation, dans l’organisation même de notre vie sociale. Les discours sécuritaires ne nous font pas oublier que l’appel est saisissant, viscéral pour que les liens et la solidarité se construisent là, tout de suite, qu’ils ont été oublié trop longtemps, et que cet état d’urgence a accru cette réalité déjà violente et percutante. C’est donc à nous plus que jamais d’entendre et de faire entendre ces voix pour défendre nos existences et nos libertés, et réaffirmer qu’il y a là une resistance concrète à la traque des précaires et à l’auto-surveillance.

Nous souhaitons par ailleurs vous faire savoir que ces mesures de répression ont également été déployées contre les participants aux événements et manifestations prévus ces jours-ci contre le sommet climatique mondial, qui a lieu à Paris.

Apres avoir subi le traumatisme de ces attentats qui, comme tant de bombardements militaires, ciblent avant tout des innocents dans l’objectif de terroriser la population civile, aujourd’hui, nous sommes en plus enjoints à devoir supporter la suppression de notre droit de manifestation et d’occupation des espaces publics, les perquisitions généralisées et non justifiées de la police, et l’assignation à résidence totalement arbitraire de plusieurs de nos compañeras et de nos compañeros, impliqués ou non dans les mobilisations contre ce sommet climatique de l’hypocrisie.

Un compañero concerné faisait savoir à ce sujet : “Il faut bien dire que l’assignation à résidence et le contrôle judiciaire trois fois par jour, c’est une peine. Ce n’est pas une mesure préventive, c’est une mesure punitive. Ça s’apparente à une peine d’enfermement ; en fait, c’est à peu près comme le port d’un bracelet électronique. Cette peine est prononcée sans instruction, sans jugement, sans preuve, et même sans infraction. On punit un profil (le mien en l’occurence), c’est-à-dire qu’on ne me sanctionne pas pour quelque chose que j’aurais fait, mais pour ce que je suis (ou ce que je suis supposé être).”

Nous voulons vous faire savoir que l’usage désormais assumé de telles mesures de “neutralisation préventive” par l’État français est particulierement préocupant à nos yeux. Cela encore plus dans un contexte dans lequel on craint pour janvier 2016 une attaque massive des forces de police sur la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et sa « Zone à Défendre ».

Bientôt se termineront la mascarade internationale du sommet climatique de Paris et le spectacle désolant des élections régionales actuellement en cours, qui ne font que confirmer l’uniformisation des autorités politiques, militaires et policières de ce pays autour des valeurs de l’extrême droite. Dans ce contexte, surtout, nous continuerons de notre côté à lutter pour la liberté et l’autonomie, malgré toute cette propagande médiatique qui cherche à convaincre les gens du peuple de faire confiance à nos bourreaux pour nous "protéger" du chaos mondial.

Nous manifestons en conséquence notre totale solidarité avec tout.e.s les compañer@s touchés par la répression ici en France tout comme au Mexique, et nous vous invitons à dénoncer et à rester attentifs à ce qui pourrait se passer en France et à Notre-Dame-des-Landes dans les prochains mois.

Depuis ce Paris endolori et sous asphyxie,

compañeras et compañeros, nous vous envoyons des milliers d’embrassades !

Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte (CSPCL - Paris)

Posté par Le guetteur à 16:47 - - Commentaires [1] - Permalien [#]