31 mai 2009
Violence scolaire, alibi sécuritaire !
Ce n'est pas tant le discours populiste de Sarko 1er sur l'Ecole qui étonne à quelques jours des élections européennes (Sarko n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est en campagne ! Pour le reste...), mais bien l'écho que donne la presse à cette soudaine dramatisation de la violence scolaire, à commencer par Le Monde qui en fait carrément sa Une !
Écoutez-le nous servir avec son aplomb habituel ces vieilles rengaines de la droite conservatrice, ce discours de la peur destiné aux vieux cons qui tremblent devant la menace de cette jeunesse barbare : "Nous assistons à une banalisation de la présence et de l'usage des armes dans les établissements scolaires.. avant qu'une catastrophe se produise il faut mettre fin à la banalisation du port d'arme dans la rue, les transports en commun et les établissements scolaires".
Sauf que, à en croire Eric Debardieux, le spécialiste français de la violence scolaire, celle-ci est stable depuis 1993 ! Et que ce ne sont pas les adultes qui en sont les premières victimes mais bien les élèves eux-mêmes ! "La violence à l'école est une violence de répétition, de rackets, de bagarres, de micro-violences. Ce que les anglo-saxons appellent le "bullying", le harcèlement entre élèves. Or cette forme de violence est très difficile à vivre. Toutes les enquêtes montrent qu'un enfant harcelé de cette façon a 4 fois plus de risques de se suicider qu'un autre. Il y a bien un lien entre dépression, décrochage et violence à l'école."
"Tout le monde est d'accord pour dire que la violence scolaire a plusieurs causes. La situation économique, familiale ont leur part mais il y a aussi des facteurs liés à l'institution scolaire. En particulier, il y a une forte corrélation entre la qualité du climat scolaire et la victimisation. Le climat scolaire c'est la qualité des relations entre adultes et élèves et entre adultes; la capacité à avoir un dialogue et non un affrontement avec les élèves. C'est aussi la clarté des règles collectives. Le climat peut se dégrader par exemple quand les punitions diffèrent d'un enseignant à l'autre. Les sentiments d'appartenance collective et de justice sont deux composantes essentielles de ce climat."
Les mesures envisagées par Darcos qui sert la soupe à Sarko sans vergogne (portique de sécurité, fouille de cartables, flicage général) n'auront donc aucune influence sur cette violence-là, c'est seulement de la poudre jetée aux yeux des électeurs. Et puis, rien de tout cela ne sera jamais appliqué, aucun budget n'accompagne ces annonces ! Non, le véritable enjeu derrière tout ça, c'est que l'École sert d'alibi au délire sécuritaire ambiant et à la politique de plus en plus autoritaire de Sarkozy ! La violence scolaire n'est qu'un objet électoral qui sera totalement passé de mode d'ici quinze jours.
Interview d'Eric Debardieux à lire ici : le café pédagogique
30 mai 2009
Pas de bouquet de fleurs pour Michèle Alliot-Marie
Non, nous ne sommes pas soulagés. Non, la libération de Julien n’est
pas une « victoire ». C’est au mieux un camouflet pour tous ces
impudents qui nous ont attaqués. Pour nous, ce n’est qu’une étape. Vers
l’impunité, pour tous et pour tout. Nous n’enverrons pas de bouquet de
fleurs au parquet.
Leur harcèlement va continuer, contre nous, nos amis, contre
d’autres. Les contrôles judiciaires, les amitiés interdites, les
surveillances, les garde-à-vues de 96h. Ce qui s’est fait jour dans
cette affaire c’est la détermination, la détermination pathétique d’un
ordre sénile prêt à tout pour anéantir ce qui lui résiste et compte
bien lui survivre. Tout ne fait que commencer, pour eux, comme pour
nous tous.
Nous continuons, donc. Notre défense est tout aussi préventive qu’offensive.
Il a été question de déplacer l’affrontement du plan judiciaire au plan politique. Cela a provoqué quelques incompréhensions.
Nous annonçons donc la tenue, le 21 Juin (jour de la fête de la
musique) à 15h aux Halles à Paris une grande manifestation. Nous y
invitons toutes les personnes, toutes les bandes, tous les ouvriers,
tous les manifestants ayant subit le harcèlement brutal et judiciaire
de la police et de ses politiciens. Nous y appelons toutes celles et
ceux qui ne supportent pas cet ordre du monde, toutes celles et ceux
qui s’organisent pour survivre, envers et contre tout. Nous y invitons
toutes celles et ceux pour qui il est temps, enfin, de se retrouver.
Pour Julien, tous les autres et contre tout : rendez-vous Dimanche 21 Juin – 15H – Fontaine des innocents - PARIS
Sur le site Soutien aux inculpés du 11 novembre
Ps : Gaffe tout de même les enfants, ça risque de ne pas rigoler !
29 mai 2009
Centres de rétention : Français – étrangers : enfin égaux devant la réduction des droits
Demain, la rétention des étrangers
La réforme de la rétention, engagée par le ministère de
l’Immigration et qui sera effective le 2 juin prochain, va non
seulement réduire les moyens de défense des étrangers retenus mais
aussi priver chaque citoyen de son droit de regard dans ces lieux
d’humiliation.
Au mois d’août 2008, le ministère de
l’Immigration a, coup sur coup, publié un décret et un appel d’offres
visant à modifier en profondeur l’intervention associative dans les
centres de rétention. Désormais cette mission, exercée jusque là au
niveau national, est éclatée en huit « lots » et partagée par six «
prestataires ».
Ce morcellement géographique, en
supprimant toute possibilité de vision globale pour la société civile,
porte atteinte à son droit de savoir et de réagir. De plus, la mise
en concurrence d’associations dont les principes de défense des droits
des étrangers et du devoir de témoignage s’opposent parfois
radicalement, ainsi que la dépendance financière des associations,
risquent de diminuer davantage la vigilance citoyenne.
Mais le
plus préoccupant reste encore la transformation de la mission d’aide à
l’exercice des droits des étrangers en simple mission d’information.
Dès lors, on peut se demander pourquoi la présence d’un véritable
contre-pouvoir dans ces zones sensibles, dont le rôle et l’intérêt ont
été admis par l’ensemble des gouvernements depuis vingt-cinq ans, est
remise en cause si ce n’est pour atteindre plus facilement des
objectifs chiffrés.
Tous les citoyens sont invités à participer aux rassemblements prévus le 2 juin :
Infos et pétition sur : http://www.cetaitpiredemain.org
28 mai 2009
Le péril jeune (ou la dictature des vieux cons)
Nicolas Sarkozy a tiré un trait sur les jeunes électeurs. Ils les
juge perdus pour la droite, et préfère tout miser sur l'électorat plus
âgé. Le calcul n'est pas complètement absurde : après tout, avec le
vieillissement démographique, cet électorat est, numériquement, une
valeur qui monte.
Avec son énergie à revendre et son discours de « rupture », Sarkozy projette une image d'homme politique « jeune ». Pourtant, et il est le premier à le savoir, c'est grâce aux voix des retraités qu'il a été confortablement élu. Selon un sondage sortie des urnes Ipsos, il a obtenu en mai 2007 65% des voix des 60 ans et plus… Et il y a une certaine logique à ce qu'il porte des valeurs et des politiques qui, croit-il, sont en phase avec cet électorat-là.
A travers cette grille de lecture, l'ensemble de sa politique trouve une certaine cohérence. La discipline à l'école, le discours sécuritaire, la fermeté en matière d'immigration, et même le rejet brutal de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne… Autant de positions visant à courtiser les hauteurs de la pyramide des âges.
Si un historien du futur devait dessiner le portrait du jeune français à travers les projets de textes législatifs au coeur du débat politique, c'est celui d'un voyou qui apparaîtrait : on ne parle plus, depuis quelques mois, que de l'interdiction des bandes, du bannissement des cagoules, de l'installation de portiques magnétiques à l'entrée des écoles, de fouilles d'élèves suspects. Est-ce là un tableau bien fidèle à la réalité ?
Une telle approche risque de laisser des traces. Déjà, aujourd'hui, selon un récent sondage, 51% des Français ont une image négative de la jeunesse, un chiffre pour le moins alarmant. Un pays qui a une telle image de son avenir n'est en effet pas le mieux armé pour l'aborder.
Article à lire sur RUE89
27 mai 2009
Sarko est nul en éco !
D'après le nouveau rapport de la Cour des comptes, le déficit budgétaire s'est accru. En 2008, il a augmenté de 47 % pour s'établir à 56,3 milliards
d'euros alors même que la dégradation de la conjoncture a eu un impact
limité, "au plus égal à 4 milliards" sur les recettes fiscales nettes.
Autrement dit, ce n'est pas la récession qui explique la forte hausse du déficit budgétaire, mais la combinaison de deux éléments : l'Etat s'est privé de recettes précieuses en poursuivant la politique d'allégements fiscaux engagée avec la loi TEPA (le paquet fiscal) du 21 août 2007. Par ailleurs, il ne maîtrise pas ses dépenses.
Jolie réussite ! Non seulement Sarko nous fait honte dès qu'il ouvre la bouche, sa politique sécuritaire nuit gravement aux libertés individuels, son gouvernement de godillots est un des plus réactionnaires depuis bien longtemps, les plans de licenciement se multiplient, le nombre de chômeurs explose, mais en plus notre Naboléon se révèle un très mauvais gestionnaire.
Et donc, en toute logique, l'UMP devrait faire un carton aux élections européennes !
25 mai 2009
Coupat répond aux journalistes : ça déménage !
Voici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat.
Mis en examen le 15 novembre 2008 pour "terrorisme" avec huit autres
personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et Paris, il est soupçonné
d'avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours
incarcéré. (Il a demandé à ce que certains mots soient en italique).
Comment vivez-vous votre détention ?
Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.
Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?
Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène.
Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.
Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu'en dites-vous?
Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu'elle voudrait nous attribuer, d'autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d'outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au cœur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.
Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s'agissait simplement de protester contre le transport vers l'Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se conclut par un très SNCF "nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension". Quel tact, tout de même, chez ces "terroristes"! [...]
La police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous ?
Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime sur le point de basculer dans le néant. [...]
La prolongation de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l'échec; comme est compréhensible l'acharnement un peu mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. [...]
Comment analysez-vous ce qui vous arrive?
Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une procédure judiciaire "d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n'y a pas d'"affaire de Tarnac" pas plus que d'"affaire Coupat", ou d'"affaire Hazan" [éditeur de L'insurrection qui vient]. Ce qu'il y a, c'est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu'il se sent réellement menacé. Le Prince n'a plus d'autre soutien que la peur qu'il inspire quand sa vue n'excite plus dans le peuple que la haine et le mépris. [...]
La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité. [...]
Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu'une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d'escrocs, d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis-Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l'heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage.
L'article complet est à lire sur Le Monde
24 mai 2009
Tarnac micmac, tous en garde à vue !
C’est la saison des gardes à vue dans l’affaire de Tarnac. Et toutes
se soldent sans la moindre mise en examen. Le 28 avril, Tessa Polak se
faisait arrêter au volant de son véhicule, par des policiers l’arme au
poing. Lundi, des habitants de Forcalquier et
des jeunes Rouennais ont goûté à leur tour aux
interrogatoires.
A Forcalquier, l’objet du délit est une photo (cliquez sur l'image à gauche). On y voit un tract du Comité de sabotage de l’antiterrorisme, brandi sous un interphone portant le nom de Bernard Squarcini, le patron du renseignement français. Narguer ainsi le numéro 1 des RG et de la DST, en montrant qu’on connaît sa résidence dans le Sud, a valu une garde à vue à l’auteur de la photo et à deux couples qui l’ont diffusée par mail. Motif : «menace de commettre un délit ou un crime».
Les cinq interpellés estiment être victimes de la même «disproportion de traitement» qui frappe à leurs yeux l’homme de Tarnac, et qu’ils dénoncent. «Veut-on étouffer le soutien à Julien Coupat ? Eux le vivent comme ça», dit leur avocat.
Les trois arrestations de Rouen ont aussi eu lieu lundi. Mathieu, mis en examen dans l’affaire, vit avec l’une des personnes arrêtées cette semaine.
Au terme des soixante-douze heures légales, l’avocate Dominique Vallès se rend en banlieue parisienne pour voir les jeunes qui ont été séparés : deux sont à Nanterre, le troisième à Levallois. Selon l’avocate, les interrogatoires «incessants» auraient porté sur leurs opinions politiques, leur manière de vivre.
Les huit personnes arrêtées lundi ont été libérées sans être mises en examen.
Article à lire sur Libération
23 mai 2009
Les voleurs de bicyclette !
Il y a des fois où je redoute d'arriver au bout de mes réserves
d'indignation tant elles sont sollicitées. On avait déjà vu des
policiers débarquer dans une classe de maternelle pour emporter deux
enfants de 3 et 6 ans à expulser avec leur mère (vous ne me croyez
pas ? C'est un horrible canard gauchiste qui le raconte), on avait déjà vu quinze gendarmes embarquer une famille avec un bébé de quatre mois pour placer tout le monde en rétention à 500 km de là.
La série continue, cette fois ci sans aucun lien avec le droit des étrangers.
Une mère habitant Floirac, en Gironde, aperçoit un jour à l'école Louis-Aragon où va son fils une bicyclette ressemblant fort à celle que son fils s'était fait voler peu de temps auparavant. Elle va s'en plaindre auprès du directeur d'établissement, lui demandant de saisir cette bicyclette. Le directeur lui répond à juste titre qu'il n'en a absolument pas le pouvoir, cette affaire étant étrangère à l'établissement et concernant la vie privée des enfants. La mère n'en démord pas et va porter plainte à la police pour vol.
En Gironde, on ne plaisante pas avec le vol de bicyclette.
Deux voitures de police et six fonctionnaires vont donc attendre à la sortie le cycliste suspect. Âgé de dix ans. Et là, problème. Le vélo volé était vert, et celui du voleur présumé était bleu. Le gamin faisant défaut, c'est la littérature qui a volé, mais au secours de la force publique : si ce n'est toi, c'est donc ton cousin, âgé de six ans, qui lui a un vélo bleu. Que la mère du bambin spolié reconnaît comme étant un vélo volé à son fils il y a deux ans. Peste ! Ça sent la bande organisée. En tout cas, on cherchait un vélo d'un certain modèle vert, on a un vélo de ce modèle mais bleu, et on a un vélo d'un autre modèle mais vert. L'enquête progresse à grands pas. Tout le monde au commissariat.
Les enfants vont passer deux heures au commissariat, avant que la mère du voleur présumé n'arrive avec une attestation d'un sous-officier de l'armée de l'air jurant qu'il avait acheté lui-même le vélo suspect au gamin, ce que ce dernier expliquait depuis deux heures.
Maître Eolas, quelque peu outré, revient sur cette lamentable histoire, et nous explique, en droit, ce qu'il s'est passé. Il pointe l'hypocrisie d'un gouvernement qui, à la veille d'une grande réforme annoncée du droit pénal des mineurs, feint de s'étonner des résultats délirants de sa politique.
Article très documenté à lire sur son excellent blog : Journal d'un avocat
22 mai 2009
Tarnac : maintenant ça suffit !
Décidément, la justice antiterroriste ne
plaisante pas avec le ridicule, elle le défie : depuis lundi, cinq
nouvelles garde à vue ont eu lieu dans l'affaire Tarnac. Une manière
d'épaissir un peu plus le dossier, toujours vide de quoi que ce soit
pouvant se rapporter au complot terroriste dénoncé par la ministre de
l'Intérieur, qui sonnait tambours et trompettes en novembre dernier.
Sans doute déçue depuis d'une affaire qui tend chaque jour à faire pschiiit, Mme Alliot-Marie s'est faite plus discrète, pariant sur la vieille leçon selon laquelle ses excès de langage s'oublieraient en parlant d'autre chose.
Reste que Julien Coupat est maintenu en détention, depuis sept mois. Reste que huit autres sont avec lui poursuivis pour une prétendue entreprise terroriste que la machine policière, si prompte d'ordinaire à grossir le trait, semble avoir peine à rendre crédible.
Reste que les seuls faits tangibles de ce dossier, le sabotage de voies ferrées, ont été revendiqués par d'autres, ce qui achève s'il le fallait encore de jeter le trouble sur la totalité de cette opération, dont on devine aisément le bénéfice médiatique et politique escompté, et bien moins la pertinence judiciaire.
Chaque jour passé en détention par Julien Coupat est un jour de trop
Depuis sept mois, d'abord parce que nous doutions des accusations portées en place publique par la ministre de l'Intérieur, puis lorsque nous avons pu vérifier combien nous avions raison de douter, nous avons dénoncé le sort réservé aux accusés de Tarnac.
Nous ne partageons sans doute pas les mêmes idées, et sommes résolument hostiles à toute forme de violence politique. Mais, précisément, nous sommes amenés à constater que de violence, il n'y eut point. Et que, si des textes ont été écrits et diffusés (ce qui, à ce stade, reste à débattre), la République ne nous a pas habitué à enfermer des gens pour ce qu'ils écrivent, encore moins sous l'accusation de terrorisme.
Depuis sept mois, chaque jour passé en détention par Julien Coupat est un jour de trop. S'il s'agissait d'entreprise terroriste, comment justifier que les autres accusés aient été libérés ? Et si ceux-là ont été libérés, pourquoi Julien Coupat, qui présente toutes les conditions de représentation et dont la liberté serait de toute façon surveillée, est-il maintenu en détention ?
Une société anesthésiée par le pouvoir personnel
Quel argument de droit peut-il justifier le maintien d'un régime d'exception pour un accusé dont le plus grand crime, s'il était prouvé, serait d'avoir ralenti un train, et ce alors même que les spécialistes s'accordent à dire qu'une telle action, pour stupide qu'elle soit, n'aurait mis en danger aucune vie humaine ? Et que signifie une justice qui, sourde au traumatisme d'Outreau, persiste à incarcérer des justiciables lorsqu'ils pourraient attendre leur procès en liberté ?
Depuis sept mois, nous considérons que la France se déshonore. L'affaire Tarnac n'est pas une anecdote, une petite affaire qui devrait être abandonnée aux seuls mouvements radicaux et contestataires.
Elle est un symptôme terrifiant de ce qu'une société anesthésiée par le pouvoir personnel, la recherche de boucs émissaires et l'accélération médiatique perpétuelle, peut laisser faire au nom de l'antiterrorisme. Il est plus que temps de se réveiller, d'ouvrir les yeux et de refuser la « justice » d'exception.
Noël Mamère, Dominique Voynet et Cécile Duflot sur RUE89











