03 juillet 2009
Sarkozy, je te vois (bien trop) !
Le juge de proximité de Marseille vient de relaxer le professeur de philosophie qui avait crié, le 27
février 2008, en gare Saint-Charles, lors d'un contrôle d'identité,
"Sarkozy, je te vois!". Le mis en cause était poursuivi pour "tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d'autrui".
Lors de l'audience, le 19 mai dernier, l'officier du ministère public avait réclamé contre le professeur une amende de cent euros. Le magistrat a estimé, aujourd'hui, que les propos étaient certes "maladroits et déplacés", mais il a reconnu qu'ils "ne présentaient pas de caractère injurieux" et qu'il n'y avait "pas de trouble à l'ordre public".
On peut donc désormais tranquillement hululer "Sarkozy, je te vois !" comme un foufou, dans les lieux publics...
Guy Birenbaum sur son blog
Prévenu, je te relaxe.
L'avocat du prévenu a déclaré à la presse que « le juge de proximité est suffisamment décrié pour que cette fois, on puisse lui rendre hommage, c'est avec beaucoup d'à propos et de maturité qu'il a motivé son jugement ».
Qu'il me soit permis de disconvenir.
Si la relaxe me semblait en effet s'imposer, le juge n'avait pas à ménager la chèvre et le chou en convenant que le propos était maladroit et déplacé.
Rappelons le propos : “ Sarkozy, je te vois ”. Maladroit ? Déplacé ? Et en quoi ? Les jugements de valeur sont déplacés dans un jugement en droit. Un propos viole la loi ou ne le viole pas, le juge n'a pas à jouer les arbitres des élégances. Bien sûr, il y a des exceptions (en droit, il y a TOUJOURS des exceptions). Quand un propos a choqué l'opinion publique mais ne tombe pas sous le coup de la loi, le tribunal peut reconnaître que le propos pouvait choquer, est controversé, va contre une thèse officielle, etc. Il suffit de lire les jugements de relaxe dont ont pu bénéficier Jean-Marie Le Pen ou Dieudonné. Mais même en ce faisant, il ne porte pas vraiment de jugement de valeur mais constate une évidence et situe un contexte.
Dans notre affaire, le propos n'a choqué personne. Je ne connais personne qui ait approuvé ces poursuites, pas même Frédéric Lefèbvre, ce qui n'est pas peu dire. Aucune précaution verbale ne s'imposait.
Vouloir donc ménager la chèvre et le chou me paraît donc ici maladroit et déplacé. Une relaxe un peu plus cinglante aurait eu ma préférence. Parce que la liberté d'expression le vaut bien.
Maître Eolas sur son blog : journal d'un avocat










