30 septembre 2009
Désobéisseurs : les sanctions tombent !
Erwan
Redon, enseignant
désobéisseur dont vous avez déjà entendu parler sur Rue89, a finalement été
muté d'office. La sanction est arrivée vendredi 25 septembre, par huissier, à
l'école du quartier Belsunce à Marseille où l'enseignant avait repris du
service à la rentrée.
Chargé
d'une classe « double niveau » CM1-CM2, Erwan Redon s'était opposé à
sa hiérachie à plusieurs reprises, en particulier sur les dernières réformes
mises en place par Xavier Darcos avant son départ du ministère :
suppression des Rased, soutien scolaire obligatoire ou encore fichier base élèves.
Sur Rue89,
il avait pris la parole pour expliquer dans le détail son positionnement,
insistant pour que ce qui est décrit comme simples bravades par le rectorat
retrouve aux yeux du grand public le poids de l'engagement pédagogique qui va
avec.
Voici ce qu'en
disait par exemple en juin 2009 l'enseignant de 36 ans, qui a, en plus de sa
mutation, écopé de 32 jours de retenues sur salaire :
« Je
ne suis qu'un pauvre petit enseignant de rien du tout. Ni la culture d'un
Meirieu, d'un Frackowiac, l'inventivité d'un Freinet ou la plume “
désobéisseuse ” d'un Refalo.
Mais
quelques sentiments qui me font dire non. Si fonctionnaire je suis devenu, en
acceptant une part de contrainte, ce n'est pas pour autant que je considère que
je dois obtempérer devant tout ordre quel qu'il soit.
Dire non
aux injustices, aux aberrations du quotidien scolaire, c'est refuser une somme
de petites choses qui forment un tout hypocrite de l'école, invisible des
passants, camouflée derrière la grille républicaine. »
Le rapport de la commission disciplinaire arguait pour sa part de plusieurs critères pour lester la charge de « faute professionnelle », et notamment :
- son refus
d'appliquer l'aide personnalisée telle que sa hiérarchie la prévoyait
- son refus
de faire passer les évaluations prescrites l'an dernier par Xavier Darcos
La
stratégie de l'usure
Depuis,
l'administration est donc allée au bout. En respectant la procédure habituelle,
certes, mais d'une façon plutôt contestable, aux yeux de Me Sophie Semeriva.
L'avocate a défendu Erwan Redon jusqu'au bout de la nuit (ou presque), le 17
septembre dernier. Voilà ce qu'elle expliquait à Rue89 en milieu de semaine
dernière, alors que la sanction définitive n'était pas encore tombée :
"On
marche sur la tête. L'inspecteur d'académie a convoqué la commission paritaire
à 15h00 en sachant pertinemment qu'il faudrait entendre 17 personnes citées par
Erwan : 12 témoins et 5 défenseurs [parmi lesquels une avocate, des
syndicalistes, un pédagogue ou un confrère réfractaire, ndlr]. Sans compter les
quatre inspecteurs cités par l'administration.
Ils ont
joué l'usure, on a fini par quitter la salle à 3h00 du matin, heure à laquelle
Erwan avait finalement peu parlé. Ils ont terminé entre eux vers 5h00 pour
conseiller à la hiérarchie la mutation."
Pour l'avocate, l'horaire est certes grotesque, mais c'est plus encore « la confusion de l'autorité disciplinaire et de l'autorité hiérarchique », que dénonce Sophie Semeriva aujourd'hui. [...]
Erwan Redon, censé prendre son nouveau poste dès ce début de semaine dans une autre école de Marseille, a quant à lui décidé de faire appel. D'abord devant le Conseil supérieur de la fonction publique, puis devant le juge administratif.
Article complet (mais avec quelques fautes d'orthographe) à lire sur RUE89
28 septembre 2009
Il y a des paires de claques qui se perdent
L'analyse
de la crise financière par Frédéric Lordon est assez éloignée du discours
dominant véhiculé par les médias. Dans la deuxième partie de l’entretien qu’il
a accordé à Télérama, cet économiste radical passe en revue les mesures prises par
les gouvernements pour lutter contre la crise, propose ses solutions et avoue
espérer une… crise politique majeure, seule susceptible de réformer le système
en profondeur.
Quelle est
votre analyse de la crise financière que nous venons de traverser ?
On peut l’analyser en soi, à condition de ne pas manquer sa dimension épiphénoménale et symptomatique. La crise proprement financière est l’expression, dans la sphère des marchés de capitaux, d’une crise économique structurelle bien plus profonde. Nous vivons depuis vingt ans dans ce qu’on peut appeler, pour faire simple, un « capitalisme de basse pression salariale » ou, pour être plus précis, un capitalisme de déréglementation à dominante financière. Dans cette configuration historique du capitalisme, les entreprises sont en permanence confrontées à la double contrainte des actionnaires et de la concurrence. Il s’ensuit une pression constante sur les coûts, et notamment ceux les plus faciles à réduire : les coûts salariaux. Or, contradiction déjà vue par Marx et Keynes en leur temps, le salaire est le facteur de solvabilisation de la demande. Autrement dit, la faiblesse des salaires pose un problème de sous-consommation chronique. Le néolibéralisme a proposé deux solutions pour répondre à ce problème : 1) allonger la durée du temps de travail (traduction française : « travailler plus pour gagner plus »), 2) faire du crédit aux ménages la béquille permanente de la consommation. Toute l’industrie financière s’est offerte à rendre viable cette trajectoire, notamment à l’aide de la technique de la titrisation, qui a permis de propulser dans l’économie des volumes de crédits supplémentaires astronomiques. La dette des ménages, drogue dure d’un régime de croissance à basse pression salariale, a ainsi été poussée jusqu’à ses dernières limites. L’économie américaine a vécu des années sur ce système avant qu’il n’implose. Aujourd’hui, le taux d’endettement des ménages américains par rapport à leur revenu disponible atteint 120 %. Au Royaume-Uni, il est même de 140 %. C’est du délire. En France, il se situe entre 65 et 70 %, mais a doublé par rapport à 1995, date d’entrée dans un régime de mondialisation franche.
Le destin des pays occidentaux est-il de vivre au rythme des bulles spéculatives (Internet, l’immobilier...) ?
Tant qu'on ne modifie pas radicalement les structures de la finance, la réponse est oui. En témoigne d’ailleurs la succession quasi métronomique des crises depuis que la déréglementation financière a été lancée, au milieu des années 80 : krach des actions en 1987, crise financière-immobilière du début des années 90, crises du Système monétaire européen de 1992 et 1993, krach obligataire américain et crise des Tesobonos mexicains en 1994, crises financières internationales de 1997 et 1998, krach Internet de 2000-2002, enfin crise des subprimes en 2007... Or, sous la variété phénoménale de ces crises, qui semblent au premier regard toutes différentes les unes des autres, il faut bien voir l’identité profonde des mécanismes à l’œuvre tels qu’il s’expriment, les invariants structuraux des marchés de capitaux déréglementés. Tant que l’action politique ne s’en prendra pas directement à cette structure-là, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Et si l’événement « subprime » a été d’une taille exceptionnelle, il ne semble pourtant pas avoir encore suffi pour qu’on en prenne le chemin…
Frédéric
Lordon, Grand entretien à lire sur Télérama
26 septembre 2009
Joyeux anniversaire ma puce
25 septembre 2009
Du grand François Morell
23 septembre 2009
Exception française
Ce soir, Pujadas et Ferrari, les présentateurs télé, seront une fois de plus les faire-valoir de Sarko 1er en direct de New-York. C'est pas chouette la communication ?
Sarkozy, président moderne ? Oh que non ! Pas du tout ! En fait, fidèle à longue tradition française de République monarchique, on ne fait pas plus conformiste... Il ne communique qu'à la télé dans un cadre hyper-sécurisé et ne donne jamais de conférence de presse...
Et ça, ça énerve Thomas Legrand !
Nicolas Sarkozy s'exprimera mercredi 23 septembre sur TF1 et France 2, dans les JT de 20 heures, dans un cadre «négocié» avec les chaînes. Ce sera confortable et sécurisé. Il y aura bien une conférence de presse de Nicolas Sarkozy vendredi 25 septembre à New York, à l'issue de l'Assemblée Générale des Nations Unies mais uniquement, bien sûr, sur les questions de politique étrangère. Il n'a pas le choix, c'est un fait presque institutionnalisé.
Le Président de la République ne tient pas de conférence de presse en France. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi qui suis journaliste, ça veut dire beaucoup... C'est révélateur de l'absolu conformisme de Nicolas Sarkozy. La conférence de presse est un exercice auquel se prêtent régulièrement tous les chefs des exécutifs des grands pays démocratiques... Tous sauf les Français.
Dans tous les autres pays démocratiques, quand une difficulté survient, quand une polémique prend trop d'ampleur, qu'un conflit s'enlise ou, tout simplement quand le Président, ou le chef de l'exécutif, a une annonce particulièrement importante à faire, il organise une conférence de presse avec la presse accréditée chargée de suivre les activités du chef de l'État ou du gouvernement. Parfois, c'est la presse spécialisée dans un certain domaine qui est conviée pour poser des questions plus précises sur une réforme envisagée par le pouvoir. Ce sont des exercices réguliers et naturels.
En évitant la conférence de presse, le Président évite aussi les questions pointues de journalistes spécialisés. Les rares émissions télévisées (produites sur mesure pour le chef de l'État) doivent balayer toute l'actualité politique, étrangère, et économique du moment. Aucune question, et surtout aucune relance, assez précise ne peut être soumise au Président.
Le Président français, malgré les apparences, tient un discours hyper-protégé, révélateur d'un isolement, là encore, assez unique en Europe. C'est un isolement volontaire et confortable. Sa parole publique n'est qu'un monologue sécurisé qui se donne des airs de dialogue avec les Français. Les rapports entre la presse et le Président ne sont que des contacts «off» ou d'ordre privé avec quelques grands éditorialistes influents et la quasi totalité des patrons de presse. Dans ce domaine, comme dans d'autres, cette connivence d'en haut peut laisser penser que le Président tire les ficelles.
Thomas Legrand, extraits d'une tribune à lire sur Slate
17 septembre 2009
Depuis Mexico, ruta 2009
Los señores del Reino del Miedo
No producían maíz, ni chocolate, ni mantas.
Ellos sólo producían miedo.
Y con miedo pagaban a los hombres y a las mujeres
Que cultivaban la tierra
Y tejían el algodón.
Quien protestaba, moría ;
Y también la duda estaba condenada *
Bien le bonjour,
Sur toutes les routes du Mexique est apparu un nouveau panneau portant en chiffres de couleur une seule date, toujours la même, 2010, ruta 2010. Le Mexique d’aujourd’hui, le Mexique del Señor Fécal, dit Calderón, se prépare à célébrer en grande pompe le centenaire de la Révolution mexicaine et le bicentenaire de la lutte pour l’indépendance. C’est leur 14 Juillet, mais avec une petite différence tout de même, alors que le 14 juillet 1789 marque le début de la contre-révolution française, et les petits hommes d’État français peuvent bien l’honorer avec des défilés militaires, 1910 rappelle le commencement du soulèvement zapatiste, el votán Zapata, et nous savons tous ici que Zapata n’est pas mort, que la lutte pour la liberté et pour la Madre tierra, ne s’est jamais arrêtée ; quant à la date de 1810, elle marque le point de départ de la lutte pour la libération des peuples, n’oublions pas que les armées des curés Miguel Hidalgo et José Maria Morelos étaient formées des peuples purhépecha et nahua du Michoacán, qui ne parlaient pas espagnol et qui cherchaient avant tout à se libérer des oppresseurs, aussi bien espagnols que créoles. 1810, 1910... tous ces panneaux ruta 2010 que le gouvernement a pris soin de dresser tout le long des routes me paraissent une façon, pour lui, de conjurer un avenir proche, qu’il semble appréhender.
Aujourd’hui, en 2009, le peuple nahua d’Ostula, petit bourg sur le versant pacifique de la Sierra Madre dans l’État du Michoacán, vient de récupérer plus de mille hectares de terre, qu’au cours des ans s’étaient peu à peu appropriés, avec la complicité des instances gouvernementales, quelques personnages douteux et sans vergogne. Lors de la rencontre entre le peuple d’Ostula et le Congrès national indigène, qui a eu lieu les 7, 8, et 9 août de cette année, les autorités villageoises ont évoqué la Vierge de Guadalupe, patronne du village et figure de la Terre Mère universelle. La Vierge de Guadalupe est l’étendard des troupes zapatistes comme elle fut l’étendard des armées de Miguel Hidalgo. Les petits hommes d’État mexicains vont tenter de faire de la révolution mexicaine et de la lutte de libération des peuples une fiction, un pur spectacle avec fanfares et jeux de lumière, gardons pourtant en mémoire que la résistance et la lutte des peuples pour leur libération est toujours d’actualité et fait partie de la réalité du Mexique d’aujourd’hui.
Au Mexique, comme partout ailleurs, nous nous débattons entre la représentation que l’on cherche à nous donner de la réalité et cette même réalité. Ici pourtant le contraste est trop grand entre représentation et réalité pour que nous tombions dans le panneau. L’idéal d’un mode de vie, dont se veut porteuse la société de consommation avec jeunes femmes blondes grandes et sveltes et jeunes hommes porteurs d’attaché-case, à l’image du monde anglo-saxon, est bien trop éloigné de notre quotidien pour présenter un quelconque attrait. Nous sommes encore attachés à la réalité de la vie collective, la fiction d’un futur déshumanisé où l’after-shave serait le summum de la séduction a peu de prise sur notre imaginaire, les mensonges de l’État aussi. Seule une toute petit frange de la société se laisse prendre aux promesses d’un futur aseptisé et démocratique débordant de marchandises. Cet hiatus entre représentation et réalité nous permet de saisir ici plus aisément que dans le premier monde les enjeux de notre temps.[...]
George Lapierre : la suite de l'article est à lire ici CSPCL
* Les seigneurs du Royaume de la Peur ne produisaient pas de maïs, ni de
chocolat, ni de couvertures. Ils produisaient seulement de la peur, et
c’est avec la peur qu’ils payaient les hommes et les femmes qui
cultivaient la terre et tissaient le coton. Qui protestait mourait ; et
le doute aussi était condamné.
(Popol Vuh, ou l’histoire légendaire du peuple de maïs)
12 septembre 2009
Instruction civique et morale
Quand Brice Hortefeux dérape
par lemondefr
Il paraît que Sarko ne s'intéresse pas à la polémique, il travaille ! Ah, bon ?
Et pourtant, à cette occasion, son mémorable « casse-toi, pauvre con !», aurait été une réponse autrement plus appropriée aux
propos du beauf raciste qu'il a nommé à la tête du ministère de l'intérieur.
Internet, bouc émissaire des lâchetés journalistiques
On croit rêver : un des principaux ministres de la République fait une plaisanterie raciste sous les regards d'une caméra de télévision, et le problème, ce serait… Internet ! Dans la déferlante des commentaires qui entoure l'« affaire Hortefeux » depuis deux jours, il n'y a rien de plus stupéfiant, de plus consternant à mon sens, que ces brillantes analyses qui ne voient qu'un seul coupable : le Web.
Article à lire sur RUE89
08 septembre 2009
Sarko : petit, complexé et bidon
Le bidonnage de Sarkozy
par franceinter
03 septembre 2009
Il va pas falloir trop m'emmerder !
Brice, t'es qu'un gros bouffon !
par franceinter
01 septembre 2009
Réforme de la procédure pénale : la justice selon Sarko
Il ne s'agit pas d'une simple modification de la procédure pénale, à
l'instar de celles qui sont intervenues depuis dix ans. La mesure
essentielle proposée par la commission Léger, la disparition du juge
d'instruction et son remplacement par le procureur, sous le contrôle
lointain d'un juge de l'enquête et des libertés, soulève des problèmes
politiques plus encore que juridiques. Si un projet de loi reprend
cette proposition et qu'il est adopté par le Parlement, alors la
capacité d'intervention du pouvoir exécutif dans la marche des affaires
judiciaires se trouvera considérablement renforcée. Le rapport Léger,
c'est le premier acte d'une OPA de l'exécutif sur les affaires les plus
importantes de la justice pénale.
Pour justifier la réforme, on met en avant le fait que moins de 5 % des
affaires pénales sont entre les mains des juges d'instruction. Mais il
s'agit des crimes ou de la grande délinquance organisée, notamment
financière et de corruption. Dans toutes ces affaires, les pouvoirs du
parquet se trouveront sensiblement accrus. Et par voie de conséquence,
ceux de la chancellerie, voire de l'Elysée.
On avance que les principaux actes de procédure touchant aux libertés
individuelles devront être autorisés par le juge de l'enquête,
magistrat du siège indépendant. Mais si le parquet s'abstient de
demander une perquisition, dans des affaires sensibles,
qu'adviendra-t-il ? Certaines enquêtes seront conduites avec un zèle
particulier, d'autres avec une prudente lenteur... Nous ne sommes pas
là face à un simple problème d'efficacité de la procédure pénale, mais
en présence d'une question majeure de libertés publiques.
Ne confondons pas les rôles, mais regardons les forces en présence.
Nous avons un parquet puissant ayant à sa disposition les moyens
considérables de la police judiciaire, les laboratoires, les fichiers,
les experts. Et du côté de la défense ? L'argent sera le nerf de la
guerre, comme aux Etats-Unis. Les grands cabinets d'avocats d'affaires
disposent de compétences égales à celles du parquet dans les grandes
affaires dont ils s'occupent. Mais le justiciable pauvre, assisté d'un
avocat commis d'office, de quels moyens disposera-t-il ? L'égalité des
armes entre l'accusation et la défense est un principe de la procédure
en Europe. Mais ce sera l'égalité du pot de terre face au pot de fer !
Robert Badinter à lire sur Le Monde











