Le guetteur mélancolique

Et toi mon coeur pourquoi bats-tu ? / Comme un guetteur mélancolique / J'observe la nuit et la mort / Guillaume Apollinaire

30 octobre 2009

Expulsions : violence institutionnalisée !

cimade_assez0ccc_a367eSeule association présente dans les centres de rétention administrative (CRA), la Cimade publie ce jeudi 29 octobre son rapport annuel [1]. Elle observe une «banalisation» de l'enfermement dans ces zones où plus de 32.000 personnes ont transité en 2008. Et dénonce une «réalité sordide», notamment pour les 222 enfants qui y ont séjourné.

Dix-huit Marocains arrêtés à quelques mètres de la frontière espagnole. Billet de retour en poche, bagages à la main, ils l'ont été alors qu'ils rentraient vers le Maroc. C'est une des illustrations des "dérives" et "absurdités" de la politique gouvernementale dont s'alarme la Cimade.

Les centres de rétention frontaliers regorgent de migrants arrêtés comme ce groupe de Marocains sur le chemin du retour. Parce qu'il s'agit de faire du chiffre, pour être dans les objectifs. "Des touristes font eux aussi les frais de cette obsession", souligne la Cimade qui a aussi rencontré, dans les CRA, des étrangers vivant régulièrement dans un autre pays de l'Union européenne venus visiter un proche.

Si l'on connaît l'objectif d'expulsion que se fixe le gouvernement chaque année (27 000 en 2009), aucun chiffre officiel n'a jamais été communiqué sur le coût de cette politique. La Cimade a calculé qu'elle s'élève à plus d'un demi-milliard d'euros (533 millions). Pour arriver à ce résultat, l'association s'est appuyée sur un rapport sénatorial et une étude de la Cour des comptes sur la gestion des CRA. Ainsi, chaque expulsion (20 000 en 2008) coûterait 27 000 euros.

Une "somme considérable" qui témoigne, pour la Cimade, des "moyens démesurés et disproportionnés" employés pour atteindre des objectifs d'expulsion planifiés chaque année.

Au-delà de ses aspects "coûteux" et "à bien des égards inefficaces", l'application de cette politique, insiste-t-elle, "entraîne nécessairement une réduction des droits des étrangers et des atteintes graves aux droits fondamentaux de la personne humaine".

Sur Le Monde

[1] Pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayer de la virer d'ici, Hortefeux et Besson s'y sont tous les deux employés (voir le message du 29 mai dernier La réforme de la rétention)... Mais les recours devant le tribunal administratif et le Conseil d'Etat ont pour l'instant confirmé la présence indispensable de cette association qui donne des boutons au pouvoir en place .

Et pour juger de l'absurdité de cette politique du chiffre (plus on arrête, moins on expulse !), voir le tableau ci-dessous tiré du rapport d'information que le sénateur UMP Pierre Bernard-Reymond vient de rendre public au nom de la commission des finances du sénat :

tableau

Lire le rapport de la Cimade ici : 9e rapport sur les CRA

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29 octobre 2009

With or whitout you !

mcdoIceland edged further towards the margins of the global economy on Monday when McDonald's announced the closure of its three restaurants in the crisis-hit country and said that it had no plans to return.

The move will see Iceland, one of the world’s wealthiest nations per capita until the collapse of its banking sector last year, join Albania, Armenia and Bosnia and Herzegovina in a small band of European countries without a McDonald’s.

C'est à lire ici : McDonald's pulls out of Iceland

Mc Donald's quitte l'Islande pour crise financière... Eh bien, c'est toujours ça de gagné !

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27 octobre 2009

Pour Sarko, rien n'est trop beau !

sarko_comptesMediapart s'est procuré le rapport de la Cour des comptes qui décortique – et critique – les dépenses engagées lors de la présidence française de l'Union européenne. Au total, 171 millions d'euros ont été dépensés en six mois: 1 million par jour... La Cour des comptes s'interroge sur plusieurs opérations. Elle pointe ainsi une «programmation excessivement touffue», «la multiplication et le coût parfois élevé des opérations», le caractère «parfois dérogatoire, voire irrégulier, des procédures suivies», et «l'utilité publique variable» de toute cette machinerie.

RUE89 nous en dit un peu plus...

« 1 072 437 euros pour un dîner de 200 personnes »

Des dérives qui se retrouvent particulièrement dans l'organisation d'une manifestation, soulignée par Mediapart : l'organisation du sommet pour la création de l'Union pour la Méditerranée, qui s'est déroulé les 13 et 14 juillet 2008 à Paris. La Cour des comptes ne peut être plus directe :

« Par son ampleur, le caractère irrégulier des procédures suivies et son impact massif pour les finances publiques, ce sommet constituera une forme de record. »

Au final, ce sont 16 592 329 d'euros qui auront été dépensés en deux jours par l'Etat français, donc par les contribuables. Rien que pour la réunion en elle-même de trois heures au Grand Palais, « les prestations requises pour la circonstance ont été considérables », note la Cour des comptes. Le dîner avec les 43 chefs d'Etat et de gouvernement ? « 1 072 437 euros pour 200 personnes, soit 5 362 euros par invité. »

Rien n'était trop beau, « huit salons d'entretien bilatéraux (avec salle de douche attenante) » ont même été installés. Et à la précipitation de l'organisation a succédé une improvisation qui frise l'amateurisme à l'issue du démontage, selon le même rapport :

« Il faut souligner que tous les aménagements en question ont été démontés dès le lendemain du sommet et n'ont pas été repris ou réutilisés par l'administration. »

« Un ordre de réquisition du comptable public »

Cette organisation à la va-vite s'est d'ailleurs matérialisée par une absence totale d'appel d'offres. Au point d'aboutir au « refus du comptable public du ministère [des Affaires étrangères, qui avait la charge de ce sommet] de procéder au paiement de dépenses engagées de manière irrégulière ».

Il a fallu que Bernard Kouchner aille jusqu'à signer « un ordre de réquisition du comptable public » pour que l'argent soit versé à la fin du mois de décembre 2008.

On rigole, on rigole, mais on ne devrait pas... Comme disait Coluche : " Vous marrez pas trop parce que c'est avec votre argent qu'ils jouent ! Pas avec le leur, pas si cons ! "

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24 octobre 2009

Foire aux boudins !

200 journalistes, 640 CRS, pour un prince Jean élu "simple" administrateur de l'Epad... Quelques photos d'un diaporama à voir sur Mediapart qui donne une bonne idée de ce qu'est devenu la République Française sous Sarko 1er : une immense foire aux boudins !

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Diaporama visible ici : Une matinée particulière dans les Hauts-de-Seine

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23 octobre 2009

Crac, boum hue ! Sortie du trou !


Liberté pour EUX, Justice pour TOUS !
par soutiensametjeanmi

La cour d'appel de Poitiers a décidé de remettre en liberté vendredi 23 octobre deux des trois hommes incarcérés après les violences perpétrées dans cette ville le 10 octobre.

Patrick Dubreaucq, 51 ans, condamné à huit mois de prison dont quatre fermes, a vu sa demande de liberté refusée. En revanche, Samuel Bastard et Jean-Salvy Compte, deux étudiants de 20 ans qui avaient écopé de six mois dont un ferme, ont vu leur demande de remise en liberté acceptée par la cour d'appel.

Les trois hommes avaient été jugés en comparution immédiate après des dégradations commises par un groupe de casseurs au centre de Poitiers.

Jeudi, l'avocat général Jean-Claude Bellot s'était prononcé pour leur maintien en détention. Leur procès en appel est prévu le 19 novembre pour Patrick Dubreaucq et le 10 décembre pour les deux étudiants.

Sur Le Monde

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22 octobre 2009

Gros Jean comme devant

Jean_Sarkozy_se_sent_plus_pisserEn présentant sa nouvelle réforme du lycée, Nicolas Sarkozy est revenu sur la création du Lycée par Napoléon 1er...

« Un geste qui signifiait, très concrètement, la fin des privilèges de la naissance. (…) Cela voulait dire que désormais que ce qui compte en France pour réussir ce n'est plus d'être “bien né” ; pour réussir, c'est travailler dur et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur. » a-t-il déclaré sans vergogne.

« Principe de justice, mais aussi, en même temps, principe d'efficacité : car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ? » a-t-il même cru bon d'ajouter.

« Je veux que les nominations soient irréprochables (…) Je souhaite, si vous me faites confiance, être le président d'une démocratie moderne ». avait proclamé le candidat Sarkozy en 2007.

En fait Sarko s'en bat les couilles. Il lit des discours que d'autres lui ont écrits et se fout complètement des mots qu'il prononce. Cela ne l'engage en rien...

Surtout quand cela concerne son grand benêt de fils dont le CV méchamment impressionnant  devait lui ouvrir la présidence du plus gros établissement public français. Visez-moi un peu ça !

  • Juin 2004 : bac L au lycée Pasteur de Neuilly (obtenu).
  • Septembre 2004 : hypokhâgne au lycée Henri-IV à Paris (abandon).
  • Septembre 2005 : prépa ENS Cachan au lycée Turgot à Paris (échec).
  • Septembre 2006 : première année de droit à Nanterre puis à Paris I (obtenue).
  • Septembre 2007 : première deuxième année de droit (rate les exams).
  • Septembre 2008 : deuxième deuxième année de droit (ne passe pas les exams).
  • Septembre 2009 : troisième deuxième année de droit (en cours).

Ça coupe le souffle, non ?

Lire l'article sur RUE89 : "Jean Sarkozy à la fac ? Le secret le mieux gardé de France."

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21 octobre 2009

Le journal de Jean-Pierre Pernauvitch


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20 octobre 2009

La Tunisie sous Ben Ali et la France sous Sarkozy : heureux monde

Tunisie_Ben_Ali_SarkozyA l'approche du scrutin présidentiel tunisien, le 25 octobre, qui verra sans surprise la réélection de Zine Ben Ali pour un cinquième mandat, le journaliste Taoufik Ben Brik, critique du régime, qui avait fait une grève de la faim de 42 jours en 2000 pour protester contre les atteintes aux droits de l'homme, nous adresse le texte suivant, une errance littéraire dans une Tunisie désabusée à la veille d'une élection sans enjeu.

(De Tunis) Les orages éclatèrent juste avant minuit, noyant sous leurs averses les coups de klaxon et le tintamarre qui marquaient de leur signal le début de la campagne de l'élection présidentielle. Le vendredi 13 octobre 2009 fit ainsi son entrée à Tunis ville dans un vague crissement de pneus excités et l'amoncèlement de nouvelles qui prédisaient que les années dix allaient être une décennie de merde.

La ville roupille, les gens se démènent au pif et il n'y a personne pour m'ouvrir la porte. On se demande chaque mois d'où va tomber l'argent pour le loyer et on est trop beurré pour aller travailler. Alors, on fait la sieste pour oublier. On se la coule douce, pas de loyer, pas de fringues. On n'a qu'à barboter, chier, caqueter, picorer, farfouiller… et puis un jour le grand plouf…

C'est ce qui arrivera, disent les anciens, lorsque « les gens décideront bientôt que leur terre doit faire partie de ce monde monstrueux et quand cela arrivera, tout sera terminé. Tout ce qui leur reste alors à faire est de tuer les autres, ceux qui pensent comme eux, et bon nombre de ceux qui opinent autrement, puisque c'est le stade final de la maladie. »

Tunis ville, un vendredi 13 octobre 2009… Juste avant, de la fatigue et de l'agitation. Debout sur les escaliers de la gare centrale, un groupe d'hommes maigres, poltrons et grêles pense : « Si on pouvait manger chaque jour des gaufrettes. » Dès qu'on commence à penser gaufrette, ça va mal.

« Vingt-deux ans qu'on sème… la merde »

Le chômage augmente, la pauvreté s'aggrave, les grèves se multiplient, les scandales s'accumulent, s'embrasent et l'autorité s'écroule… Pour tout arranger, en passant en bagnole devant une palissade, j'ai vu un type qui ajoutait : « Vingt-deux ans qu'on sème… la merde », « Exister, c'est respirer l'angoisse », « Personne ne me prendra vivant pour me couper la zizinette ».

Les gens ont faim. Chaque chantier a son agitateur. Le gouvernement navigue à vue. Demain ou peut être dans une heure, la catastrophe va nous tomber dessus et nous serons noyés dans le sang. Tout le monde a peur. Moi aussi. La peur t'empêche de dormir la nuit. Rien ne colle, rien, sauf la peur. Il n'y a plus d'indicateur de chemins de fer. Vous imaginez un pays sans indicateurs.

Tu es triste sans savoir pourquoi tu es triste. Si on peut payer le loyer, on n'aura pas d'argent pour manger. Si on mange à notre faim, on ne pourra pas payer le loyer. Les gens croient qu'on va les tuer, que leurs enfants vont être tués. Les femmes croient qu'elles vont être violées, torturées. Pas de risque. Mes gens sont pacifiques. Ce ne sont pas eux qui deviennent fous. Ils sont bons et ronds comme des pastèques. Regarde tous ces gens. Ils n'ont pas la force de rouspéter. Ils sont humiliés. Ils ont trop peur. Ils ont été trop piétinés. Ils sont las, hésitants.

Qu'est ce qui ne va pas ? Un tas de choses, c'est sûr. Que fait-on quand on est pris dans un cauchemar ? Eh ben, je fais mon travail. J'essaie de créer des poches d'ordre et de sang froid au milieu de la gabegie. J'étais au bord de la gerbe. Je suis peut être un parasite. Un être répugnant. Je suis malade.

J'ai envie de me présenter à un gros lard, un policier bête et de lui dire : soyez aimable, frappez-moi, peut-être même, s'il le faut, tuez-moi. Mais punissez-moi une bonne fois pour que je sois délivré de mon angoisse, frappez-moi fort, faites-moi mal, cela ne me fera de toute façon jamais aussi mal que le mal avec lequel je suis obligé de vivre jour après jour. Je ne cherche pas le bonheur, je cherche le repos. Je suis le visage exact de l'humaine condition. Cent et une heures de la vie d'un homme au bout du rouleau hanté par tous ces gens qui lui en veulent et qui, sous le poids du cauchemar, va disjoncter. [...]

Taoufik Ben Brik (journaliste) à lire sur RUE89

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18 octobre 2009

Crac, boum, hue ! Deux nouveaux fichiers de police !

edwigeConséquence "inattendue" des bris de vitrines à Poitiers le week-end dernier, deux nouveaux fichiers de police voient le jour par décret...

Un décret dominical, et deux nouvelles bases de données policières voient le jour. Près d'un an et demi après la polémique Edwige, le ministère de l'Intérieur a annoncé dimanche matin la création de deux fichiers de traitement automatisé de données :

Créés en réaction aux violences du week-end dernier à Poitiers, ces deux fichiers viennent remplacer l'ancien fichier des renseignements généraux, disparu en 2008 et auquel devait succéder Edvige, retiré après un tollé des associations de défense des droits de l'homme et de l'opposition.

Les deux nouvelles bases ne listeront donc pas de personnalités publiques, et ne feront aucune référence aux orientations sexuelles, aux opinions, à la santé ou aux origines ethniques.

Mais le premier fichier, « ciblé sur les bandes, les hooligans et les groupuscules » selon le ministère, est « plus critiquable et dangereux, dans la mesure où il s'agit de fichage préalable ». Il relève que les mineurs à partir de 13 ans sont toujours concernés, même si les données les concernant seront effacées trois ans après le dernier évènement.

Le fichier contiendra aussi des données sur les « activités publiques, comportement et déplacements » des personnes et, « par dérogation », des données sur « l'origine géographique » et les « activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales ».

A lire sur RUE89

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17 octobre 2009

La corruption de l'esprit public

Sarkozy_Institutions_Cabu_2008Pour saisir sur le vif ce que nous devons subir avec cette présidence, entre déshonneur et avilissement, il suffit de regarder une vidéo, récemment mise en ligne par nos confrères de Bakchich et extraite d’un documentaire sur la mémoire de la Résistance. Nous sommes en 2008, au cimetière du maquis des Glières en Haute-Savoie, lieu momentanément requis par Nicolas Sarkozy pour inscrire sa présence dans un univoque roman national, fait de sacrifice et d’héroïsme.

Il suffit d’avoir arpenté une seule fois, à la descente d’une randonnée sur le plateau, ce lieu pour savoir qu’il invite, presque physiquement, au silence et au recueillement. Rien de tel avec l’homme supposé ici représenter la République et les citoyens qui la composent : la sonnerie aux morts terminée, il montre son peu de souci de ce qu’il incarne, de sa fonction publique tout comme de l’imaginaire collectif qu’il vient de convoquer. Rieur, blagueur, léger et superficiel, non sans une certaine vulgarité d’esprit, toute son attitude nous dit combien rien de cela n’a pour lui d’importance véritable ou profonde, hormis l’usage instrumental qu’il vient d’en faire dans la quête d’un bénéfice de propagande.

Pourquoi commencer cette réflexion sur quelques évènements récents, de la polémique autour de Frédéric Mitterrand à la promotion éclair de Jean Sarkozy, par ces images d’un président livré à lui-même ? Parce que, s’agissant d’un pouvoir résolument personnel, il n’est pas permis de faire l’impasse sur la personne qui l’incarne : son comportement, ses paroles et ses gestes, l’idée qu’elle se fait de sa fonction, l’image qu’elle en donne, l’usage qu’elle en fait.

Ce n’est pas nouveau, et cette question fut aussi posée sous les présidences précédentes, notamment celles de Valéry Giscard d’Estaing, de François Mitterrand et de Jacques Chirac qui, toutes trois, marquèrent une accentuation de la dimension monarchique de nos institutions. Avec leur actuel successeur, la question devient majeure tant le sarkozysme s’assume comme le stade suprême de notre vieux bonapartisme, revendiquant explicitement une présidentialisation accrue du régime. Un pouvoir sans contrepouvoirs repose plus que tous les autres sur les règles, usages et principes que s’applique à lui-même celui qui en est le détenteur. Depuis l’Antiquité et jusqu’à nos Républiques, c’est ce qu’il est convenu d’appeler la vertu. Loin de ressortir de la morale privée, cette vertu publique souligne justement la spécificité de l’espace public comme lieu politique de délibération et de représentations collectives. Or, sous Nicolas Sarkozy, ces distinctions n’ont plus cours. La pédagogie dont le chef de l’Etat se fait l’infatigable instructeur, par ses propos et ses actes, est celle de l’abolition des limites et des frontières.

D’autres présidents ont abusé de leur pouvoir, nous le savons d’expérience. Mais ils l’ont fait dans une paradoxale conscience qu’ils discréditaient leur fonction, qu’ont illustré leurs ruses, cachoteries ou mensonges. Rien de tel depuis 2007 avec une présidence qui revendique, sans fard, en l’accompagnant d’une brusquerie à la limite de la grossièreté, l’extension infinie de sa domination, de ses réseaux, de ses protégés.

La privatisation de la République

N’est-ce pas le spectacle que ce pouvoir nous a offert sans vergogne, la semaine passée, par-delà le cas particulier de Frédéric Mitterrand qui a fini par éclipser le reste ? On a donc vu un haut fonctionnaire, gardien en théorie de l’Etat comme bien commun, piétiner allègrement la Constitution, y compris dans sa version révisée de 2008 : secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a glosé sans gêne aucune sur la durée de vie du premier ministre actuel, parlant du chef de gouvernement, pourtant comptable devant les Assemblées, comme d’un employé dont il aurait été le supérieur.

On a vu ensuite un jeune homme de 23 ans, sans aucune expérience gestionnaire et entré en politique tout récemment, propulsé aux portes de la présidence de l’Epad, l’établissement public qui gère le trésor immobilier du département le plus riche de France. Imposée depuis l’Elysée sur un territoire où béton a longtemps rimé avec corruption, l’ascension de Jean Sarkozy signifie que la République devient une affaire de famille, la nouvelle oligarchie restaurant le privilège de naissance des aristocraties déchues. [...]

Edwy Plenel à lire sur Mediapart

Document pdf disponible ici : Mediapart_journal

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