Le guetteur mélancolique

Et toi mon coeur pourquoi bats-tu ? / Comme un guetteur mélancolique / J'observe la nuit et la mort / Guillaume Apollinaire

27 novembre 2009

La matrice

Vue pas les post-situationnistes... Artaud, Debord, Shakespeare, Saint Marc, Hugo Singer... les références littéraires ne manquent pas... Une voix off qui plombe un peu le film mais à voir si l'on veut mieux comprendre la vision que peuvent avoir les jeunes (et les moins jeunes) qui revendiquent ici et maintenant une vie plus "autonome"...

Un documentaire franco-colombien réalisé en 2009 par Jean-François Brient, où l'on sent l'influence importante des situationnistes (notamment dans le fait que le film est entièrement réalisé à partir d'images détournées de grosses productions cinématographiques) écrit le Glandeur rockmantique sur son blog Le Bazar aléatoire (sur lequel on peut voir les deux autres parties) et à qui je passe bien le bonjour.


De la servitude moderne,1ère partie (sur 3)
par avantiprod

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24 novembre 2009

Tarnac : plus c'est con, plus c'est bon !

_pouvantailUn jeune homme, suspecté d'être un «proche du groupe de Tarnac» (Corrèze) auquel appartenait Julien Coupat, arrêté dans le cadre de l'enquête sur des sabotages au préjudice de la SNCF, a été interpellé mardi à 6h30 à son domicile à Tarnac. Ni son âge ni son identité n'ont été précisés.

Il a été arrêté par la sous-direction antiterroriste (Sdat) de la direction centrale de la police judiciaire et placé en garde à vue, tandis qu'une perquisition de son domicile a été aussitôt entamée.

Selon les mêmes sources proches du dossier, le jeune homme «est susceptible d'être mis en cause dans la mouvance à laquelle Julien Coupat appartient, mais n'est pas soupçonné d'être complice des sabotages».

Ah, bon ? Franchement, les super flics de la SDAT n'ont rien de mieux à faire en ce moment ?  Apparemment, non ! Mais alors, à quoi  passent-ils leur temps quand ils n'arrêtent pas les habitants de Tarnac ? Ils se branlent la nouille ?  Il y a sans doute des postes de fonctionnaires à gratter de ce côté-là ! Il faudrait en parler à Brice...

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17 novembre 2009

Le temps des émeutes

_meutesComme en écho à "L'insurrection qui vient" dont on a largement parlé avec l'affaire de Tarnac à l'automne dernier, l'anthropologue Alain Berto publie chez Bayard "Le temps des émeutes" et le constat qu'il dresse n'est guère réjouissant...  2005, les banlieues françaises sont en flammes. Depuis, il y a eu la crise financière, la Guadeloupe, les émeutes de la faim, la Grèce, l'Iran. Et pourtant, ce sont les mêmes gestes, la même rage qui se retrouvent sur tous les continents : une colère populaire qui gronde et qui éclate.

Il y a eu, au cours des deux derniers siècles, trois séquences de mobilisations politiques violentes simultanées en Europe ou dans le monde : le Printemps des peuples de 1848, les mouvements insurrectionnels qui ont suivi Octobre 1917, les années 60-70 restées comme “les années 68”. Nous sommes incontestablement entrés dans une période de ce type, il y a quelques années. La singularité de ce que nous vivons est double : géographiquement plus étendue, cette séquence semble aussi plus durable que les précédentes et elle est d’une certaine façon “invisible”, car il n’y a pas de sens politique commun et clair à ces innombrables accès de colère populaire. Aucune révolution mondiale ne s’y prépare d’évidence, qu’elle soit politique, sociale ou culturelle.

Il y a quelque chose de grave dans ce passage à l’acte pour les individus concernés. Ils mettent en danger leur corps, leur vie, avec la quasi certitude de perdre. La répétition du phénomène doit nous interroger. Il nous dit avec évidence l’effondrement général, mondial, de l’espace politique comme espace de représentation des souffrances et des espoirs populaires. C’est ce fil rouge qui rend si semblables les colères, les gestes, les images mises en ligne sur internet. Les émeutes sont les multiples fissures du monde globalisé. Chaque fissure a son histoire, mais c’est toute la maison qui tremble.

Les émeutes de la globalisation sont visibles sur la scène même de la globalisation. Internet est une source sans précédent, parfois de première main, quand les protagonistes eux-mêmes mettent des images sur YouTube ou Dailymotion. La veille en ligne est devenue un nouveau terrain de l’ethnologie. Et la mise en ligne des résultats de cette veille ouvre des possibilités d’effet “retour” tout à fait passionnantes. Internet est une source d’information vivante et réactive, une sorte de baromètre des fièvres du monde.

Il y a à travers le monde des fils directeurs très forts. Celui de la jeunesse assassinée en est un qui touche aussi bien le Sénégal, le Portugal, la Chine, la Grèce, le Brésil que la France. Le fil rouge de la colère contre les logiques financières en est un autre qui prend des formes variées : émeutes contre la vie chère, contre les coupures d’électricité, contre la spéculation foncière... Le mode opératoire, le répertoire pratique si on veut, est, lui, assez général. Fini la barricade d’antan. Nous sommes à l’heure des cagoules, du blocage, du feu, du harcèlement mobile et de la mise en ligne des images.

L'émeute est un symptôme du rapport du monde contemporain à sa jeunesse. L’échec des révolutions du XXe siècle et la menace écologique ont aboli l’idée moderne de progrès historique, qu’il soit politique ou social. La jeunesse n’est plus considérée comme l’avenir du monde, mais comme une menace pour l’ordre au présent. Il n’y a plus, vis-à-vis de la jeunesse, qu’un discours politique disciplinaire. Elle réagit en conséquence. Dans le monde entier, les mobilisations étudiantes (ou lycéennes), comme les manifestations festives et sportives, tournent à l’affrontement de plus en plus violent avec les pouvoirs. Les mêmes gestes et la même rage se retrouvent sur tous les continents.

L’émeute est le miroir de l’Etat contemporain. Elle est son produit, parfois son double lorsqu’elle prend pour cible le voisin, l’autre, l’étranger. Par-delà les régimes et les traditions nationales, les nouveaux dispositifs dits de “gouvernance” qui se mettent en place dans la globalisation sont des dispositifs de “gouvernement à distance”. Ils combinent bureaucratie, autoritarisme, mépris des gens et procédures diverses de discrimination. L’Etat y perd beaucoup de légitimité. Face à la dissidence souvent silencieuse des populations, il répond partout et de plus en plus par une logique de contrôle sécuritaire. L’exaspération populaire est à la hauteur de l’arrogance des pouvoirs étatico-financiers et de l’autisme des organisations politiques. Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour que la séquence de l’affrontement soit durable. Et face à la révolte, c’est une logique militaire qui l’emporte à São Paolo comme à Urumqi, à Athènes comme à Villiers-le-Bel, à Alger comme à Dakar. Quand la guerre devient d’une certaine façon un mode de gouvernement, on peut craindre l’escalade. De part et d’autre.

L'entretien est à lire sur Les Inrocks , voir également le site  Anthropologie du présent

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14 novembre 2009

Vol 1549, atterrissage sur l'Hudson

Les informations et les échanges radios qui ont précédé l'atterrissage forcé du vol 1549 , le 9 juin 2009 ont été rendus publics. Ils ont permis cette reconstitution étonnante, proposée par exosphere3D.

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13 novembre 2009

Le vieux débat bien rance du sarkozysme triomphant

PetainEn ces jours où Claude Lévi-Strauss est célébré par tous comme l'un des plus grands intellectuels du XXe siècle, le penseur de la diversité et de l'unité de l'humain, il n'est pas inutile de rappeler que l'anthropologue du Collège de France organisa dans les années 1970 un séminaire dont le thème fut précisément "l'identité", notion qu'il désigna comme une "sorte de foyer virtuel auquel il nous est indispensable de nous référer pour expliquer un certain nombre de choses, mais sans qu'il ait jamais d'existence réelle". [...]

On admettra alors que l'injonction gouvernementale visant à définir des normes identitaires est ce qu'il y a de plus inacceptable pour le savoir des anthropologues. Quelle arrogance, quelle volonté de domination ou quelle stratégie peuvent conduire un gouvernement à vouloir gouverner, aussi, l'identité ? La "définir" (en faisant donc croire qu'elle est définissable) c'est produire des normes identitaires, soit une double violence. Violence pour ceux qu'elle met au défi de s'inclure et de rester "sous contrôle identitaire" au prix d'humiliations culturelles et mémorielles (faisant ainsi violence, par exemple, à la part africaine, antillaise ou maghrébine de l'histoire de France). En ce sens il y a bien un totalitarisme de tout "ministère" de l'identité dans la mesure où la question de l'identité, sa quête ou sa construction se déplacent sans cesse de la sphère la plus sociale et collective à la plus privée et intime. L'emprise totale du contrôle des personnes fonde le totalitarisme des Etats policiers, comme l'enseigne l'histoire du XXe siècle.

Sous le couvert d'un "débat" sur ce qui définit l'identité nationale, nous serions ainsi amenés à "subjectiver" l'injonction d'un pouvoir suprême, à cautionner un paradoxe de démocratie totalitaire dont chacun deviendrait coresponsable, faisant de nous les co-auteurs du contrôle identitaire ! Le regard inquisiteur d'un pouvoir identitaire planerait alors, avec notre assentiment, sur la vie et les gestes de chacun. La définition d'une identité nationale provoquera une autre sorte de violence, en direction de ceux qu'elle exclut. Car cette identité normative – dont chacun sait que la mise en œuvre sera (elle l'est déjà) ethno-nationale – a comme toutes les normes pour fonction essentielle de produire des a-normaux et de les exclure, les "reconduire à la frontière" de l'identité. Faire exister "l'étranger" dans nos esprits et dans des politiques xénophobes sera la première vérification empirique d'une identité nationale ainsi fabriquée. Enfermée et appauvrie sur le plan culturel, elle entraînera logiquement avec elle des procédures d'identification et de vérification, c'est-à-dire davantage de police, de murs, d'enfermement. [...]

A-t-on vraiment mesuré – dans les sphères mêmes du gouvernement, plus inquiètes de stratégies électorales que de proposer une vision du monde – tout le danger que fait peser dans notre pays déjà l'existence d'un "ministère de l'identité nationale" ? La recherche d'une adhésion à ses objectifs de contrôle des migrants et d'expulsion des étrangers indésirables par le biais d'un "débat" sur son objet est un échelon de plus dans sa dangerosité. Ce ministère doit disparaître, vite, son existence a déjà profondément assombri l'image de la France dans le monde, dans les pays du Sud comme du Nord. Et pour cause : il signifie l'enfermement et le refus de prendre place dans le mouvement du monde.

Michel Agier, directeur d'études à l'EHESS, à lire sur Le Monde

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12 novembre 2009

L'identité nationale, c'est l'hypertrophie du moi

Marcel Detienne – 1. Comment être français (Mediapart)

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09 novembre 2009

Sarko, l'omni-Pinocchio !

sarko_berlinSympa, la page Facebook de Sarkozy. Vous avez vu ?

Le président nous raconte son 9 novembre 89, en toute simplicité.  Photo nocturne à l'appui. Marteau en main, il y était,  Sarko, à Berlin.  L'homme qui s'apprête à faire l'Histoire ne pouvait rater ce moment historique.* Epatant !

Le problème c'est que l'histoire qu'on nous raconte ne tient pas debout:

"Le 9 novembre au matin, nous nous intéressons aux informations qui arrivent de Berlin, et semblent annoncer du changement dans la capitale divisée de l’Allemagne. Nous décidons de quitter Paris avec Alain Juppé ...pour participer à l’événement qui se profile"

Le matin du  9 novembre, personne à Paris - ni même à Berlin -  ne pouvait soupçonner que le mur allait tomber. les radios et télévisions ouest-allemandes n'ont commencé à évoquer la "libre circulation" qu'à partir de 20h. Et ce n'est qu'après 23 heures que les Berlinois de l'Est, prenant ces informations prématurées pour argent comptant, furent si nombreux à se masser devant le poste frontière de la Bornholmer Strasse que les garde-frontière  est-allemands finirent par lever la barrière. Parole de témoin: jamais "l'événement" ne s'est "profilé".

Dans un excès de zèle, le conseiller élyséen chargé du blog présidentiel aura bricolé un récit censé démontrer que le chef de l'Etat, à l'époque secrétaire général adjoint du RPR, était à Berlin le jour J. Pour rendre la chose possible,  il invente des informations semblant "annoncer du changement".

Et pour faire bonne mesure, il ajoute cette scène totalement fantaisiste:

Arrivés à Berlin ouest, nous filons vers la porte de Brandebourg où une foule enthousiaste s’est déjà amassée à l’annonce de l’ouverture probable du mur"

A aucun moment l'annonce d'une "ouverture probable" n'a provoqué le moindre rassemblement à l'Ouest. La foule était massée à l'Est. Et beaucoup plus au Nord, dans le quartier de Prenzlauer Berg. Les Berlinois de l'Ouest n'ont commencé à s'attaquer au mur que le lendemain 10 novembre. Ils ont été rejoints par des visiteurs venus du monde entier. Parmi lesquels,  Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Mais alors, s'il n'était pas à Berlin, où donc se trouvait le futur président de la république ce fameux  9 novembre 1989 ?

Nous avons une petite idée: ce  9 novembre, comme tous les 9 novembre, Nicolas Sarkozy commémorait à Colombey-les-deux-églises le 19e anniversaire de la mort du Général de Gaulle. Ce n'est qu'une hypothèse.

Les blogueurs pressés de l'Elysée auront sans doute à coeur de vérifier.

Alain Auffray, l'article est à lire sur son blog : Coups droits

* Soit dit en passant, une info qui a été relayée par tous les grands médias et notamment France Inter. Ridicule !

Et comme un fait peut en cacher un autre, allez voir les événements historiques auxquels notre omi-Pinocchio a participé selon les internautes qui s'en donnent à cœur joie ! Cliquez sur l'image ci-dessous.

PINOCCHIO_SARKO

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08 novembre 2009

L'archipel des autonomes

Image3Ce sont des silhouettes entraperçues au milieu de bris de vitrines, lors d'une manifestation à Poitiers, de heurts et de barricades enflammées, au sommet anti-OTAN de Strasbourg, ou d'opérations policières, comme à Tarnac, un dossier dans lequel, depuis un an, neuf personnes sont poursuivies, suspectées par la justice de sabotages de voies ferrées. Ils surgissent de manière sporadique à la "une" des journaux, le plus souvent à la façon "Black Bloc", vêtus de noir. Des autonomes, dit-on ?

Les autonomes n'existent pas. C'est en tout cas ce qu'ils opposent lorsqu'on les rencontre : les étiqueter, c'est déjà "un travail de flicage", contestent-ils. Ils n'existent pas, et pourtant comme le dit l'un d'entre eux : "On va nous voir de plus en plus. En face, il y a des gens trop sûrs d'eux et qui n'ont de prise sur rien."

Tous les casseurs ne sont pas des autonomes et tous les autonomes ne sont pas des casseurs, mais certains le revendiquent. Ils expliquent alors que la casse n'est pas "gratuite" mais ciblée : des banques qui incarnent le capitalisme, des entreprises privées qui construisent des prisons ou en gèrent la restauration, des agences pour l'emploi, des directions du travail. "Jamais le petit commerce", ou ce qui n'a pas de sens, affirment-ils.

La règle connaît des exceptions. A Strasbourg, le 3 avril, une pharmacie a été incendiée. A Poitiers, le 10 octobre, un manifestant qui tentait de s'attaquer à l'enseigne Vertbaudet (vêtements pour enfants) en a été dissuadé par d'autres autonomes.

Les autonomes, les "totos", sont loin d'être d'accord sur tout et de former un ensemble homogène. Cette nébuleuse compterait un millier de personnes en France.

Impossible de les rattacher à une organisation structurée, de type parti ou syndicat, c'est une forme qu'ils rejettent. Difficile de les situer : ils haïssent la droite, la gauche et méprisent l'extrême gauche, ils refusent le label "ultragauche" qui pourrait leur correspondre le mieux. Mais son utilisation par Michel Alliot-Marie, alors ministre de l'intérieur, à propos de l'affaire Tarnac, a remisé cette appellation au rang de procédé policier. Tout comme celle, honnie, d'"anarcho-autonomes". "C'est devenu synonyme de terroriste comme les salafistes", explique Chloé, 33 ans, installée dans le Nord de la France et qui a pris ses distances avec le milieu autonome.

Un autre militant, Barnabé, 31 ans, bien actif, lui, en région parisienne, trouve aussi que "le terme résonne comme salafiste, et finit par signifier quelque chose d'inquiétant". "Il s'agit de nous désigner comme des corps étrangers à la population", dit-il. Nos interlocuteurs, cités par leur seul prénom, ont tous choisi un pseudonyme. Un anonymat qu'ils utilisent également dans leur vie militante.

La plupart des autonomes sont jeunes, très souvent étudiants. "Ils étaient lycéens en 2006 au moment du mouvement contre le CPE (contrat première embauche), puis, en 2007, lors de la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités), ce qui a favorisé une radicalité", souligne Jean-François Chazerans, professeur de philosophie au lycée  Victor Hugo de Poitiers et animateur d'un collectif antirépression, qui a pu observer dans sa ville le parcours de quelques-uns de ses élèves.

Ceux-là se sont structurés pendant les années Sarkozy, d'abord contre un ministre de l'intérieur honni, puis contre le même, devenu président de la République, qui, pour eux, incarne plus que d'autres l'ordre policier. Dans les jours qui ont suivi son élection, plusieurs voitures ont été incendiées, dont l'une devant le Fouquet's, le restaurant où le chef de l'Etat avait fêté sa victoire... "La clique au pouvoir est en train de foutre en l'air tout ce qui peut faire encore la matière d'une existence digne d'être vécue", justifie Barnabé. "Tant que la droite sera au pouvoir, ça ne peut que monter", juge de son côté Sébastien Schifres, doctorant en sciences politiques et militant.

"Lors de chaque mouvement étudiant, les totos font des recrues, pas les jeunes socialistes", relève Chloé. Plus âgés, les autonomes comptent dans leurs rangs des diplômés brillants. Principal mis en examen dans l'affaire Tarnac, Julien Coupat a été doctorant à l'Ecole des hautes études en sciences sociales après une grande école de commerce. Il pratique plusieurs langues étrangères. Il est loin d'être une exception. Certains sont issus de familles aisées, les plus nombreux plutôt de classes moyennes.

Les villes universitaires, comme Rennes, Rouen, Grenoble, Toulouse ou Lyon, ont supplanté Paris chez les autonomes. "Aujourd'hui, il existe chez eux une recherche sur les concepts beaucoup plus importante qu'il y a dix ans", témoigne Oreste Scalzone, qui fut l'une des grandes figures de l'autonomie italienne dans les années 1970. "C'est peut-être lié à la présence d'étudiants en philo qui ont fait Erasmus (le programme européen d'échanges universitaires)", poursuit cet homme très respecté dans le milieu et qui se dit admiratif du niveau de leur discussion. Le père d'un militant autonome de Montreuil confirme : "La rhétorique est très importante. Pour rédiger un communiqué, ils se mettent à trente. Et puis ils votent."

Etre autonomes, pour ces jeunes, "c'est exactement le contraire de ce que la plupart des étudiants entendent par l'expression "devenir autonomes". Alors que pour ceux-ci, il s'agit en général de trouver un emploi et un appartement, il s'agit pour les premiers de parvenir à vivre sans se lier ni à un patron ni à un propriétaire", souligne Rémy Piperaud, dans un mémoire universitaire intitulé "Radiographie du mouvement autonome", soutenu cette année à la faculté de sciences politiques de Versailles - Saint-Quentin. "Ils cherchent d'abord à devenir autonomes par rapport à l'Etat et au capitalisme, écrit le chercheur. Ce qui différencie en premier lieu les militants de l'ultragauche de la plupart des militants d'extrême gauche, c'est le fait d'essayer dès à présent de combler le fossé qui sépare leur société idéale de la réalité sociale (...). Ils veulent construire le communisme et l'anarchie ici et maintenant."

Les autonomes n'attendent pas d'entraîner une majorité pour mettre en pratique leur projet. Ils créent des "îlots de communisme", en misant sur le fait qu'ils finiront par se multiplier et submerger la société.

Isabelle Mandraud et Caroline Monnot, la seconde partie tout aussi intéressante est à lire sur Le Monde

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07 novembre 2009

La République des idées ; la peur du déclassement


Débat avec Eric Maurin (La peur du déclassement, République des idées / Seuil, 2009), et Louis Chauvel (Les classes moyennes à la dérive, République des idées / Seuil, 2006), animé par Sylvain Bourmeau (Médiapart).

Retrouvez l'intégralité de ce débat sur Médiapart et sur le site de la République des idées  

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06 novembre 2009

Injustices à Poitiers

1000_lettres

Pour plus d'infos, cliquez sur l'image.

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