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Les journalistes nous bassinent avec ce refrain depuis plusieurs jours. Les Français sont nuls en économie. Ils ne savent pas calculer le rapport d'un placement à 2%, ne connaissent pas le fonctionnement des actions ou des obligations et laissent leur banquier placer leur épargne... Les cons ! D'autre part ils découvrent effarés la dette abyssale de la France mais, ironie du sort, font confiance à Sarko pour les sortir de là... Ils ont tort !

Plusieurs études officielles établissent que les finances publiques françaises seraient presque florissantes, malgré la crise, si les impôts n'avaient pas été abaissés à ce point depuis dix ans. Par le plan d'austérité, le gouvernement va donc faire payer aux plus modestes les cadeaux fiscaux dont ont été gratifiés les plus fortunés au cours de la décennie.

Un tour de bonneteau. Sinon une arnaque !... Les termes peuvent sembler outranciers sinon populistes. Et pourtant, ils viennent immanquablement à l'esprit. Car depuis de longs mois, Nicolas Sarkozy et, derrière lui, tout le gouvernement s'appliquent à convaincre l'opinion que les mesures d'économies drastiques qui se profilent dans le cadre du projet de loi de finances pour 2011 sont l'inévitable contrepartie de la crise économique. Mais en réalité, si les finances publiques françaises sont en si piteux état, c'est d'abord parce qu'elles ont été ruinées par la politique de baisse des impôts conduite depuis dix ans. C'est ce qu'établissent très clairement trois rapports publics publiés ces derniers mois : sans cette avalanche de cadeaux fiscaux au profit des plus riches, les moins favorisés ne seraient pas aujourd'hui menacés par ce plan d'austérité.

En bref, la crise a bon dos. Car si la France n'avait pas participé à cette course effrénée au moins-disant fiscal, elle aurait certes été prise dans les turbulences de cette crise sans précédent, mais ses finances publiques auraient été largement assez prospères pour traverser cette tempête.

Ce constat iconoclaste est passé pour l'heure presque inaperçu parce qu'il ne figure pas en introduction ni en conclusion de l'un ou l'autre de ces trois rapports publics. Il transparaît juste au détour de certaines pages. Mais les indications données et les chiffres cités sont si éloquents qu'ils retiennent l'attention : sans cette course folle aux baisses d'impôts, qui s'est accélérée au cours de ces dix dernières années, la France serait dans une situation financière tout à fait confortable, même à la sortie de cette crise économique historique.

Compte tenu de ses auteurs, qui sont Jean-Philippe Cotis, l'actuel directeur général de l'Insee, et son prédécesseur, Paul Champsaur, le premier de ces documents est au-dessus de tout soupçon. Il s'agit du «Rapport sur la situation des finances publiques» qui a été rendu public le 20 mai, en ouverture de la Conférence sur les déficits qui s'est tenue à l'Élysée et que l'on peut consulter ci-dessous. A l'époque, déjà, le chef de l'État et le premier ministre tendaient à accréditer l'idée auprès de l'opinion que la France vivait au-dessus de ses moyens et que des coupes claires dans les dépenses de l'État étaient une priorité absolue de la politique économique. Dans le même mouvement, le chef de l'État a mille fois répété qu'il ne fallait pas compter sur lui pour relever les impôts.

En clair, voici l'alpha et l'oméga de la politique économique sarkozyste : taillons dans les dépenses de l'État, et même à la hache s'il le faut, mais ne remettons pas en cause les baisses d'impôts !

LAURENT MAUDUIT

Pour mieux comprendre de quoi il retourne vraiment, il faut lire l'article très documenté de Mauduit paru l'an dernier sur Mediapart : Ces dix années de cadeaux fiscaux qui ont ruiné la France

Voir aussi Les Economistes Atterrés sur leur site :

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