fombeure illsutration0001En mai 1930, une petite revue : Jeunesse, que venaient de fonder, à Bordeaux, Jean Germain et Pierre Malacamp, publiait en tête de ses cahiers modestes, sous une couverture aux couleurs de l'herbe et de l'espérance, un texte assez surprenant dont voici de larges extraits :


La poésie est devenue trop difficile. Il est temps de la débarrasser de ses pièges et de ses fausses trappes qui ont déjà servi, bien inutilement et bien longtemps, à détacher d'elle la plupart des lecteurs moyens dont la foi n'est pas très sûre ...
Je pressens un renouvellement, un rafraîchissement de la poésie. Pourquoi ne pas faire-là ce qu'un Ramuz ou un Pourrat ont fait dans la prose. Nous avons pour nous servir un vieux fonds toujours jeune de complaintes et de chansons populaires ...
Je crois que le salut est là, en y mettant de la mesure toutefois. Il y avait dans Apollinaire des accents de la complainte. Il y en a d'admirables dans les poèmes de Morven le Gaëlique, qui n'est autre que Max Jacob et qui, sentant le vent, s'est aventuré hardiment sur ces terres fraîches et neuves. Il faudrait donner à la poésie une nouvelle virginité. Aujourd'hui, elle a mal de tête. Avec les surréalistes, c'est devenu une névralgie aiguë et continuelle.
Lavons-la, brossons-la, promenons-la dans les herbes, dans le vent, dans les bois. Ecoutons un peu notre cœur: la tête a joué son rôle. Elle y a failli. Nous n'en voulons plus. Il faut un peu de fraîcheur sur la terre: la poésie des gouttes d'eau.

Ce texte, qui résonné comme un manifeste, avait pour auteur Maurice Fombeure.