L'espèce humaine est sur Terre depuis environ 200 000 ans. C'est un séjour très bref à l'échelle de l'évolution. Durant cette période, les humains ont fait face à de nombreuses crises. Pour s'en tenir à l'Europe et à l'époque moderne, la guerre de Trente Ans au XVIIe siècle fut dévastatrice, exterminant peut-être un tiers de la population de l'Allemagne. Il est inutile de passer en revue les détails de la guerre de Trente Ans du XXesiècle, de 1914 à 1945. Cette guerre abominable prit fin en août 1945; le 6 août, nous apprenions que l'intelligence humaine avait découvert les moyens de mettre un terme à 200 000 ans d'expérience humaine.

Il n'y avait aucun doute au fait que la capacité de destruction augmenterait, se diffuserait dans de nombreuses mains, augmenterait le risque d'autodestruction de l'humanité. Il y eut de nombreuses opportunités pour réduire significativement ou même éliminer la menace. La plupart ont été ignorées, parfois de façon vraiment surprenante: je n'ai pas le temps d'entrer dans les détails, mais c'est une histoire stupéfiante. Des opportunités existent encore et éliminer ce fléau n'est pas un rêve utopique, bien que les obstacles soient importants. Il y a beaucoup à dire sur cette histoire révélatrice et les options actuelles, mais mettons cela de côté pour l'instant.

Revenons au 6 août 1945. En ce jour sinistre, l'humanité entra dans une nouvelle ère, celle de l'âge nucléaire. Une ère qui a peu de chances de perdurer. La liste des cas où on l'a échappé belle est absolument effarante; nous sommes parfois passés à quelques minutes du désastre final. Ce fut souvent à cause d'accidents ou d'erreurs, dans quelques cas marquants à cause de l'inconscience de nos dirigeants.

De plus, juste en ce moment, la menace s'amplifie à la frontière russe, entraînant l'inquiétude des autorités, à juste titre, que la menace d'une guerre nucléaire n'approche le niveau des phases les plus critiques de l'ère atomique. Et l'histoire est sans équivoque: soit nous mettons fin à l'ère atomique, soit l'ère atomique sera notre fin.

Certes, nous n'en avions pas conscience en 1945, mais nous savons aujourd'hui qu'une ère nouvelle et néanmoins tout aussi dangereuse a débuté à ce moment-là : une nouvelle époque géologique baptisée l'Anthropocène, une époque définie par l'impact extrême de l'humanité sur l'environnement.

Nous savons aujourd'hui que nous sommes bel et bien entrés dans cette nouvelle époque ainsi que dans une période de destruction des espèces, que l'on nomme la 6e extinction, comparable à la 5e extinction qui s'est produite il y a 66 millions d'années lorsqu'un astéroïde a percuté la Terre, détruisant 75% des espèces, mettant fin à l'âge des dinosaures et ouvrant la voie aux petits mammifères, et finalement à l'espèce humaine très récemment.

Il ne nous a pas fallu longtemps pour reproduire les mêmes effets que l'astéroïde, à quelques différences près. Lors de la 6e extinction, celle qui est en cours, les grands animaux sont décimés à une vitesse démesurée, une particularité caractéristique de l'histoire humaine qui a moins de 200 000 ans, a contrario des précédentes extinctions.

Il y a aujourd'hui un large consensus sur le fait que nous sommes pleinement dans l'Anthropocène, néanmoins il existe certains désaccords sur le moment exact où les changements devinrent suffisamment extrêmes pour marquer le début de cette nouvelle époque géologique. Il y a quelques mois, le groupe de travail officiel sur l'Anthropocène est parvenu à une conclusion sur ce sujet. Et a recommandé au Congrès Géologique International que l'on date le commencement de l'Anthropocène à la naissance de l'âge atomique, à la fin de la Seconde Guerre mondiale en août 1945, c'est-à-dire lorsque les bouleversements radicaux de l'environnement liés à l'impact humain sont devenus véritablement dramatiques. Ainsi, selon leur analyse, l'Anthropocène et l'âge atomique coïncident pour constituer une double menace pour la perpétuation de la vie humaine organisée.

On peut, sans exagérer, comparer la fin de la Seconde Guerre mondiale au moment critique où les lemmings, sous forme humaine, se mettent en route et se jettent avec une détermination méthodique dans le précipice, vers leur désastre final. Nous en avons appris beaucoup plus sur cette marche déterminée et méthodique vers le désastre le 8 novembre dernier, une date qui sera peut-être historique à en juger par la gigantesque couverture médiatique et l'examen minutieux que les événements de ce jour ont reçu...