16 avril 2017

BRUITS DE MA TERRE (La rivière aux oies)

BRUITS DE MA TERRE  JE suis chez moi, oui je suis chez moi. D’ailleurs je ne suis chez moi qu’ici. Pas de toit. Pas de murs. Je m’adosse à la forêt. Devant moi la Vienne coule et file plus loin que mes regards. A mi-pente on a creusé le village. Vu d’ici, entre mes pieds il est rouge et bleu, rouge de tuile et bleu d’ardoise. Une fumée mince oscille comme un peu plier. C’est chez le père Foussart. Tout autour, l’air vibre de grillons et de mouches. Elles remontent de la rivière avec la brise. Elles nagent en plein courant... [Lire la suite]
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26 décembre 2015

Le désert du docteur Gaspar

Le désert engendre les dieux. « Jouez hautbois, résonnez musettes », c'est des sables de Palestine que nous viennent les chants des bergers ; c'est du ciel du désert qu'arrivent les anges en blanc qui sonnent dans des tromperies en or ; c'est sur les dunes de Jordanie ridées du vent, ourlées par lui, brodées comme un ouvrage de dames, que s'impriment les pas des rois mages et que s'élève une odeur d'encens. Terre aride. On a dit que le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face. Et le désert, c'est le soleil et la mort. Une... [Lire la suite]
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13 octobre 2014

Sauve qui peut

Pour la petite Mina née ce jour... L'automne est là. Voici les premiers froids. L'homme reste au coin de son radiateur sur son fauteuil en tubes de nickel. Il se rappelle avec horreur les grands feux de bûches qui salissaient toute la maison, la braise brûlante qui sautait sur le tapis, la flamme dangereuse qui venait lécher la jambe de bois du grand-oncle Emile, le fauteuil rigide dont la pauvre grand-mère finissait par prendre la forme. Aujourd'hui, au contraire, l'homme presse sur un bouton, un ressort joue et le fauteuil... [Lire la suite]
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19 mars 2014

Maurice Fombeure - Présentation

Il y a un peu plus de cent ans (1906) naissait  Maurice Fombeure  à Jardres dans la Vienne. Un des poètes de par chez nous. Passé par l'Ecole normale d'instituteurs et la faculté de Poitiers puis par l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, Fombeure est professeur de lettres au lycée Lavoisier à Paris. Ses premiers poèmes paraissent en 1925 dans La ligne de coeur de Julien Lanoë, puis ils paraissent dans La nouvelle revue française et Le mercure de France. La plus grande partie de ses oeuvres est publiée aux éditions... [Lire la suite]
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19 mars 2014

La poésie des gouttes d'eau

En mai 1930, une petite revue : Jeunesse, que venaient de fonder, à Bordeaux, Jean Germain et Pierre Malacamp, publiait en tête de ses cahiers modestes, sous une couverture aux couleurs de l'herbe et de l'espérance, un texte assez surprenant dont voici de larges extraits : La poésie est devenue trop difficile. Il est temps de la débarrasser de ses pièges et de ses fausses trappes qui ont déjà servi, bien inutilement et bien longtemps, à détacher d'elle la plupart des lecteurs moyens dont la foi n'est pas très sûre ... Je pressens un... [Lire la suite]
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16 mars 2014

L'eau-de-vie de Sylvain Massé

pour André Maréchaux. QUAND j'allais te trouver devant ton feu de braise Qui soufflait par à-coups, rosissait doucement, Je te disais: « Ah, qu'on est ben aise » Et l'horloge battait dans l'ombre, fauchait de son disque luisantTu proposais: « Attends ! Tu vas ben prend' quéqu'chose ! » Et moi, hypocritement: « Non, non. Je n'ai besoin de rien. » Tu allais vers le placard du fond en t'excusant : « Je n'ai plus de vin du Pinacle. Une petite goutte ? » Et tu sortais l'eau-de-vie de ton ancêtre Sylvain Massé Soldat au 4e voltigeurs de la... [Lire la suite]
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12 mars 2014

Hélène de René-Guy Cadou - Môrice Bénin

Je t'atteindrai Hélène À travers les prairies À travers les matins de gel et de lumière Sous la peau des vergers Dans la cage de pierre Où ton épaule fait son nid Tu es de tous les jours L'inquiète la dormante Sur mes yeux Tes deux mains sont des barques errantes À ce front transparent On reconnaît l'été Et lorsqu'il me suffit de savoir ton passé Les herbes les gibiers les fleuves me répondent Sans t'avoir jamais vue Je t'appelais déjà Chaque feuille en tombant Me rappelait ton pas La vague qui s'ouvrait Recréait ton visage Et tu... [Lire la suite]
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08 mars 2014

Chronique des considérations

Il existe encore en montagne, dans des villages battus des vents, des dames qui vendent des taille-crayon dans de petits magasins obscurs. Une chèvre broute les pieds de la demoiselle qui orne l'affiche de la machine Singer en costume de 1905. Le vent agite et décolle le reste. Le berger pousse un troupeau de moutons. Le seul autre personnage est le silence. Il prend la voix du jet glacial et cristallin qui gicle par un tuyau de fer dans l'eau sombre de la fontaine. Un vieux cheval sort d'une écurie, passe dans la rue, tout seul,... [Lire la suite]
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12 janvier 2014

Alice à Auschwitz

Le vent se déchaîne et la neige tombe. La tour de Pise a oscillé. Un tourbillon a emporté la gare olympique de Grenoble. Au sommet du puy de Dôme, il a fallu chercher, avec des sondes, dans cinq mètres de neige, le chasse-neige qu'on avait laissé là depuis le matin. En Suisse et en Autriche, les avalanches s'abattent. Les villages sont isolés. Le ciel est noir. Il a neigé à Jérusalem. C'est un temps où reviennent les fantômes. Anna Novak est un de ces revenants: elle faisait partie à seize ans de ces troupeaux de femmes nues et... [Lire la suite]
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28 décembre 2012

La Noël

On ne sait plus ce qu'ont été les choses. Elles ne sont plus. La Noël se vend deux mois d'avance. Il faut relire Pourrat pour la retrouver. On ne sait plus ce que purent être une pomme, une rose, une bague, voire un âne, un pâté. C'étaient des trésors spirituels. Ils brillent dans l'ombre du vieux temps, désirs du cœur, désirs de l'âme, hautes récompenses de longues vertus, plaisirs profonds et presque abstraits. On ne sait plus ce que furent la polaire, les Trois Rois, l'étoile du Bouvier. Ni cette "tranquillité" de la neige de... [Lire la suite]
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