hazanDe "modernité" à "gouvernance" en passant par "transparence", "réforme", "crise", "croissance" ou "diversité" : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité.

Pour s’imposer, la LQR, novlangue actualisée, use de procédés rhétoriques à vocation manipulatrice. Il s’agit de dissimuler la vraie nature des problèmes. Lorsque les termes de « patrons », « ouvriers » ou « syndicats » sont remplacés par celui de « partenaires sociaux », il s’agit bien de désamorcer toute allusion à un antagonisme de classe. De même, lorsque « pauvre » est remplacé par « personne à revenu modeste », « victime » par « exclu », « propagande » par « communication » ou « crime de guerre » par « bavure », il s’agit bien de voiler la face à ceux qui pourraient remettre en cause l'inhumanité de notre société et de ses dirigeants.

Euphémisme, langue de bois et matraquage sont les principaux leviers de la LQR, système linguistique à vocation de bourrage de mou. Le principe est simple : on prive des mots qui originellement appartenaient au vocabulaire de la subversion de leur sens premier, on les matraque à longueur de temps et on les vide de leur substance. Puis, une fois essorés et dénués de tout rapport à la réalité, on les utilise de manière détournée. 

Eric Hazan (LQR, la propagande du quotidien) à réécouter sur là-bas.org